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	<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
	<link>https://ceim.uqam.ca/</link>
	<description>Le CEIM r&#233;unit des chercheurs de r&#233;putation internationale sp&#233;cialistes de l'&#233;conomie politique des processus d'int&#233;gration et de mondialisation. Les th&#232;mes les plus importants d&#233;velopp&#233;s au CEIM sont : le r&#233;gionalisme, les institutions &#233;conomiques internationales, le commerce et l'investissement, le lien commerce-travail, la concurrence, les transformations du secteur des communications, les dimensions sociales et culturelles de la mondialisation.</description>
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		<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
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		<title>Un si&#232;cle de marxisme</title>
		
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		<dc:date>1990-01-01T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>&lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a itemprop=&#034;author&#034; class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-ceim&amp;id_auteur=629&#034;&gt;Lucille Beaudry&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a itemprop=&#034;author&#034; class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-ceim&amp;id_auteur=30&#034;&gt;Christian Deblock&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a itemprop=&#034;author&#034; class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-ceim&amp;id_auteur=630&#034;&gt;Jean-Jacques Gislain&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvrages</dc:subject>
		<dc:subject>Ancien espace sovi&#233;tique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lucille Beaudry, Christian Deblock et Jean-Jacques Gislain (dirs.), Un si&#232;cle de marxisme, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, Qu&#233;bec, 1990, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte du livre est disponible &#224; la biblioth&#232;que num&#233;rique &#034;Les classiques des sciences sociales&#034;, &#224; l'adresse ci-dessous : http://classiques.uqac.ca/contemporains/deblock_christian/un_siecle_de_marxisme/un_siecle_de_marxisme.html &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez acheter le livre aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus de cent ans apr&#232;s la mort de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Publications - Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=mot-ceim&amp;id_mot=19" rel="tag"&gt;Ouvrages&lt;/a&gt;,  
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=mot-ceim&amp;id_mot=185" rel="tag"&gt;Ancien espace sovi&#233;tique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://ceim.uqam.ca/db/local/cache-vignettes/L100xH150/arton3302-ad652.jpg?1757011508' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lucille Beaudry, Christian Deblock et Jean-Jacques Gislain (dirs.), &lt;i&gt;Un si&#232;cle de marxisme&lt;/i&gt;, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, Qu&#233;bec, 1990,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le texte du livre est disponible &#224; la biblioth&#232;que num&#233;rique &#034;Les classiques des sciences sociales&#034;, &#224; l'adresse ci-dessous :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/contemporains/deblock_christian/un_siecle_de_marxisme/un_siecle_de_marxisme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/deblock_christian/un_siecle_de_marxisme/un_siecle_de_marxisme.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.puq.ca/fr/repertoire_fiche.asp?titre=titres&amp;noProduit=SA546&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous pouvez acheter le livre aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de cent ans apr&#232;s la mort de Karl Marx, faut-il r&#233;pondre &#224; la fameuse question concernant le Sphinx, ce curieux &#171; animal &#187; &#224; identifier, &#224; supposer que cet &#171; animal &#187; puisse &#234;tre le &#171; marxisme &#187;, ayant atteint l'&#226;ge de la maturit&#233;, reposant solidement sur ses deux pattes que sont une th&#233;orie de la connaissance scientifique (le mat&#233;rialisme dialectique) et une th&#233;orie de l'histoire et de l'action politique (le mat&#233;rialisme historique) ? Faut-il plut&#244;t r&#233;pondre que cet &#171; animal &#187;, qui fut jadis l'un des fruits les plus brillants et les plus bruyants de la culture occidentale, a atteint l'&#226;ge de la s&#233;nilit&#233;, et que la troisi&#232;me patte qui le fait encore tenir debout est celle (de bois comme le langage qu'elle parle) que constituent les partis communistes ? Ou enfin faut-il r&#233;pondre de fa&#231;on ambigu&#235; que cet &#171; animal &#187; est &#171; &#224; quatre pattes &#187; ? Dans ce dernier cas, le ton ironique de la r&#233;ponse pourrait laisser entendre que le marxisme est en pleine jeunesse, que, encore mal assur&#233; sur ses quatre pattes que sont l'h&#233;ritage de la philosophie allemande, l'h&#233;ritage de l'&#233;conomie politique anglaise, l'h&#233;ritage de la pens&#233;e politique fran&#231;aise (pour reprendre le fameux triptyque de Engels), et l'h&#233;ritage de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e sous la direction &#233;clair&#233;e des partis communistes (pour actualiser un peu ce triptyque), il ne devrait pas tarder, une fois la synth&#232;se r&#233;volutionnaire r&#233;alis&#233;e, &#224; se dresser pour changer la face du vieux monde ; inversement, le ton cynique de cette derni&#232;re r&#233;ponse pourrait laisser entendre que le marxisme est &#224; bout de souffle et qu'une telle posture &#171; &#224; quatre pattes &#187; ne peut &#234;tre que l'illustration flagrante du r&#244;le id&#233;ologique qu'il remplit au service de l'asservissement &#224; un pouvoir autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu nous ne nous risquerons pas &#224; r&#233;pondre &#224; cette question, non pas que nous craignions d'&#234;tre mang&#233;s tout un, mais tout simplement parce qu'une particularit&#233; exemplaire d'une certaine pens&#233;e marxienne a toujours &#233;t&#233; de refuser que soit d&#233;finitivement circonscrit le champ de la r&#233;flexion et de l'action ouvert par Marx lui-m&#234;me &#224; l'or&#233;e de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est qualifi&#233; actuellement comme &#233;tant une &#171; crise du marxisme &#187; s'inscrit beaucoup plus g&#233;n&#233;ralement dans la crise de la pens&#233;e radicale et de l'action r&#233;volutionnaire. Le fait que les doigts soient point&#233;s sur le &#171; marxisme &#187; n'est rien d'autre que la cons&#233;quence de la fabuleuse capacit&#233; de monopolisation qu'ont eue, respectivement, les &#233;crits du &#171; socialisme scientifique &#187; sur l'intelligentsia radicale, et les principes marxistes-l&#233;ninistes d'action politique sur l'organisation des luttes sociales r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la pertinence actuelle de ce quasi-monopole dont a b&#233;n&#233;fici&#233; le marxisme qui appara&#238;t maintenant probl&#233;matique &#224; de nombreux &#233;gards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importante mobilisation intellectuelle des penseurs radicaux, dont a fait l'objet le projet de Marx de construire les fondements d'une connaissance scientifique radicale de la r&#233;alit&#233; sociale, a produit une floraison d'&#171; interpr&#233;tations &#187; et de &#171; contributions &#187; dans tous les domaines de la connaissance des faits soci&#233;taux. Sans d&#233;nier l'importance historique de ces apports &#224; la connaissance, notamment dans les domaines de la philosophie mat&#233;rialiste dialectique, de l'&#233;conomie politique, de la sociologie des grands groupes sociaux, de l'analyse des fondements id&#233;ologiques du discours politique et des formes juridiques de domination, de l'analyse de la nature et du r&#244;le social de l'&#201;tat et des institutions, etc., la question reste encore ouverte, et peut-&#234;tre plus que jamais, de savoir si l'oeuvre de Marx et de ses &#171; commentateurs &#187; et &#171; continuateurs &#187; constitue effectivement une rupture &#233;pist&#233;mologique radicale avec la pens&#233;e &#171; dominante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ce premier questionnement sur l'effective radicalit&#233; scientifique de Marx et de la pens&#233;e marxienne, se trouve aliment&#233; par le fait paradoxal que ces nouveaux territoires du &#171; continent Marx &#187; ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de nouvelles formes d'id&#233;ologisation sp&#233;cifiquement marxistes et particuli&#232;rement sectaires et dogmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces interrogations sur la radicalit&#233; de la pens&#233;e marxienne et sur la paradoxale incontinence id&#233;ologique du discours politique marxiste se doublent, d'autre part, d'in&#233;vitables questions, que l'on ne peut pas ne pas se poser &#224; l'heure actuelle, plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s la r&#233;volution bolch&#233;vique, quant &#224; la nature &#171; r&#233;volutionnaire &#187; des r&#233;sultats concrets des &#171; socialismes r&#233;els &#187;, et cela bien que ces r&#233;sultats soient autoproclam&#233;s par de nombreux marxistes, et pas seulement les plus orthodoxes, comme &#233;tant la concr&#233;tisation d'une premi&#232;re &#233;tape significative et importante de la r&#233;alisation du projet politique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces deux premiers types de questionnement concernant l'effective r&#233;alisation du projet scientifique radical de Marx et de son projet politique r&#233;volutionnaire, vient logiquement s'ajouter la lancinante question de savoir quels types de relations &#233;tablir au sein du marxisme entre ces deux projets scientifique et politique, entre pens&#233;e marxienne et action marxiste, entre th&#233;orie radicale et praxis r&#233;volutionnaire, entre discours scientifique sur la r&#233;alit&#233; sociale historique et pratique politique orient&#233;e vers le changement de cette m&#234;me r&#233;alit&#233;. L'&#233;vidente contradiction entre ces deux aspects du marxisme, entre le marxisme d'id&#233;e, radical et traduit en discours r&#233;volutionnaire contre la pr&#233;histoire de l'humanit&#233;, et le marxisme officiel, dominant et constitu&#233; en discours de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir, cette contradiction ne peut pas &#234;tre facilement ni&#233;e, soit comme le font certains penseurs marxiens occidentaux en invoquant la quasi-universalit&#233; de la pens&#233;e radicale marxienne, tout autant applicable &#224; la critique du socialisme d&#233;figur&#233; qu'&#224; la remise en question du capitalisme sauvage, soit par les id&#233;ologues officiels du discours marxiste institu&#233; en invoquant les conditions historiques contraignantes du socialisme en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; difficult&#233;s &#187; du marxisme ne sont pas nouvelles. Elles constituent m&#234;me d'une certaine fa&#231;on ce qui le fait vivre ou mourir de l'int&#233;rieur. &#192; chaque moment de son histoire pass&#233;e le marxisme a su dig&#233;rer ces difficult&#233;s, s'en est nourri parfois, et a, par l&#224; m&#234;me, r&#233;ussi &#224; conserver le quasi-monopole de la pens&#233;e radicale et de l'organisation de l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi mise en perspective &#171; la crise &#187; actuelle du marxisme a encore une fois pour enjeu ce quasi-monopole et l'issue de cette crise d&#233;pendra &#224; nouveau de la capacit&#233; du &#171; marxisme &#187; &#224; orienter la probl&#233;matisation de ces difficult&#233;s dans un sens qui puisse encore mobiliser autant que par le pass&#233; la pens&#233;e radicale et l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des textes que nous pr&#233;sentons dans cet ouvrage n'a pas bien entendu pour ambition de traiter, et encore moins de r&#233;soudre, toutes les &#171; difficult&#233;s &#187; du marxisme que nous venons simplement d'&#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de chacun des articles qui suivent est de mettre en lumi&#232;re et de discuter une dimension probl&#233;matique, une &#171; difficult&#233; &#187; que rencontre le marxisme de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre de succession des textes pr&#233;sent&#233;s ne traduit pas un ordre d'importance dans la nature des &#171; difficult&#233;s &#187; du marxisme, mais plut&#244;t un ordre d'exposition qui nous a paru d&#233;monstrativement correspondre &#224; l'existence d'une tension interne au sein du marxisme et dont les p&#244;les alternatifs, dialectiquement reli&#233;s, recouvrent, d'un c&#244;t&#233;, les difficult&#233;s th&#233;oriques les plus t&#233;nues de la pens&#233;e marxienne radicale et, d'un autre c&#244;t&#233;, les &#171; difficult&#233;s &#187; du socialisme r&#233;el les plus concr&#232;tes et les plus r&#233;elles quant &#224; la praxis marxiste r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE MARXISME :&lt;br class='autobr' /&gt;
UN ENJEU DE LA PENS&#201;E RADICALE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascination de l'intelligentsia radicale pour le programme de recherche scientifique inaugur&#233; par Marx, apr&#232;s plus d'un si&#232;cle de d&#233;bats et d'excommunications, commence &#224; &#234;tre s&#233;rieusement remise en question sur la base m&#234;me du r&#233;examen du contenu de la pens&#233;e de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une certaine pens&#233;e marxiste pratiquante quoique non orthodoxe, comme celle qu'exprime A. Lipietz dans son texte, il est incontestable que les crises pass&#233;es et la crise pr&#233;sente du marxisme sont bien r&#233;elles mais qu'elles ne sont pas fond&#233;es sur sa faillite objective. Les r&#233;currences et approfondissements de ces crises doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme l'expression historique passag&#232;re des crises socio-politiques et des crises du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette premi&#232;re forme de r&#233;affirmation de la p&#233;rennit&#233; historique du quasi-monopole de la pens&#233;e marxiste sur la &#171; vraie &#187; pens&#233;e radicale, s'opposent de nombreuses autres r&#233;flexions sur la pertinence actuelle de la pens&#233;e marxienne d&#233;bouchant sur la remise en question de la pr&#233;sum&#233;e radicalit&#233; du corpus th&#233;orique marxien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte, J. Ayoub s'interroge sur les fondements de la &#171; philosophie marxiste &#187; et se demande si Marx a bien fini, tout au long de ses &#233;crits, de r&#233;gler ses comptes avec la philosophie allemande, et en particulier avec l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien. Ce qui est ici en question c'est de savoir si l'oeuvre de Marx constitue bien les fondements de la critique de la philosophie, et dans ce cas s'il faudrait accorder &#224; Marx le b&#233;n&#233;fice de la rupture gnos&#233;ologique qui ouvre l'espace de la connaissance sur l'apr&#232;s-philosophie ; ou si, comme cela semble plut&#244;t &#234;tre le cas, Marx, philosophe de la critique, reste encore de plain-pied, malgr&#233; son &#171; renversement dialectique &#187;, sur le continent de la philosophie, et en particulier sur le territoire h&#233;g&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; dans la pol&#233;mique, le d&#233;bat th&#233;orique autour de l'&#171; &#233;conomie de Marx &#187; n'est pas nouveau. Tr&#232;s t&#244;t les th&#233;ories &#233;conomiques de Marx furent remises en question, soit, comme ce fut le cas avec Tougan-Baranovsky, Bernstein ou Labriola, pour &#171; r&#233;viser &#187; l'&#233;conomie de Marx dans un sens jug&#233; plus conforme aux r&#233;alit&#233;s historiques changeantes du capitalisme ou plus en accord avec un programme politique social-d&#233;mocrate, soit, comme ce fut le cas avec B&#246;hm-Bawerk, pour &#171; r&#233;futer &#187; l'&#233;conomie de Marx et en particulier la th&#233;orie de la valeur travail jug&#233;e logiquement incoh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois du capital ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement vis&#233;es lors des d&#233;bats, notamment la loi de la valeur travail, la loi de la transformation des valeurs en prix de production ou encore la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Un point ressort toutefois : pour g&#233;n&#233;ralement bien fond&#233;es que furent les critiques, l'&#233;conomie de Marx resta longtemps le cadre de r&#233;f&#233;rence intouchable de la th&#233;orie politique de l'action r&#233;volutionnaire, et longtemps elle fut consid&#233;r&#233;e comme la partie la plus achev&#233;e, la moins attaquable du moins de son oeuvre. Aujourd'hui tel n'est plus du tout le cas, comme le montre le texte de J.-J. Gislain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Gislain &#233;taye la th&#232;se selon laquelle, plut&#244;t que de concevoir un nouvel espace de savoir fond&#233; sur un socle &#233;pist&#233;mologique in&#233;dit, Marx s'attelle en fait &#224; r&#233;aliser le projet de l'&#233;conomie politique classique dans le cadre &#233;pist&#233;mologique pos&#233; par cette derni&#232;re. Il est ainsi montr&#233; que Marx reprend &#224; son compte les structures &#233;l&#233;mentaires du savoir de l'&#233;conomie politique classique, avec au centre de celles-ci le postulat de l'&#233;change d'&#233;quivalents valeur, et reconstruit m&#233;thodiquement sur leurs bases, de fa&#231;on plus coh&#233;rente quoique encore imparfaite, un &#171; nouveau &#187; corpus th&#233;orique indissociablement li&#233; aux fondements de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, malgr&#233; la pertinence et la solidit&#233; th&#233;orique de son analyse, Marx se trouve confront&#233; aux m&#234;mes types de difficult&#233;s insurmontables que rencontre, au niveau &#233;pist&#233;mologique et gnos&#233;ologique, l'ensemble de l'&#233;conomie politique, concernant notamment la d&#233;termination n&#233;cessaire de la monnaie et de la force de travail comme marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation des th&#232;ses d&#233;fendues par J.-J. Gislain d&#233;bouche d&#232;s lors sur les questions suivantes : la critique des fondements de l'&#233;conomie politique ne passe-t-elle pas fondamentalement par la critique de l'&#171; &#233;conomie &#187; de Marx ? Et, la rupture avec l'&#233;conomie politique et la possibilit&#233; de construire une nouvelle approche radicalement diff&#233;rente des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques ne passent-elles pas dor&#233;navant par la n&#233;cessit&#233; de rompre avec les fondements de l'analyse marxiste ? Est-ce encore une fois poser la n&#233;cessit&#233; de la connaissance de l'&#233;conomie marxiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de dissocier dans l'oeuvre de Marx le projet th&#233;orique du projet politique. C'est l&#224;, rappelons-le, que r&#233;side sans doute l'originalit&#233; de l'oeuvre th&#233;orique et la force du discours politique qu'elle v&#233;hicule. C'est l&#224; aussi que r&#233;side toute l'originalit&#233; du socialisme de Marx et ce qui le diff&#233;rencie profond&#233;ment des autres penseurs socialistes de son &#233;poque (voir le texte de C. Deblock &#224; ce sujet). Pourtant, plus de cent ans apr&#232;s la mort de Marx, on peut se demander si le &#171; marxisme &#187; ne serait pas davantage un enjeu intellectuel que social ou politique ? Il est difficile de ne pas se poser cette question avec D. Brunelle. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut que constater l'ascendant th&#233;orique du marxisme et l'efficacit&#233;, de son discours scientifique et, de l'autre, son emprise r&#233;elle de plus en plus limit&#233;e au niveau pratique ou programmatique et le peu d'ancrage populaire et d'enthousiasme que suscitent les diverses exp&#233;riences socialistes. Le marxisme ne serait-il devenu paradoxalement qu'une forme du discours politique ? Ne serait-il plus cantonn&#233; qu'aux milieux intellectuels ? Le cas du Qu&#233;bec &#233;tudi&#233; par L. Beaudry (ce que confirme d'une autre mani&#232;re le texte de L. Favreau) est &#224; cet &#233;gard significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord et avant tout dans la production intellectuelle que s'est immisc&#233; et d&#233;ploy&#233; le marxisme au Qu&#233;bec. Le marxisme y a constitu&#233; un mouvement d'id&#233;es ax&#233; sur la cr&#233;ation de revues &#171; analyses politiques donnant lieu par la suite &#224; la mise sur pied de groupes organis&#233;s dont la pratique et les d&#233;bats th&#233;oriques ont interagi. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es soixante, le mouvement d'id&#233;es est rest&#233; ext&#233;rieur au mouvement ouvrier. Les &#233;v&#233;nements d'octobre 1970, la r&#233;action politique qu'ils suscit&#232;rent, leur r&#233;pression et l'organisation politique de la classe ouvri&#232;re ont conduit les intellectuels r&#233;volutionnaires vers un marxisme pr&#233;occup&#233; de pratique politique effective, plus structur&#233;e, plus proche aussi des mouvements ouvrier et populaire sans que n&#233;anmoins l'influence ne s'&#233;tende au-del&#224; de certains secteurs limit&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Le d&#233;p&#233;rissement de ce marxisme militant, devenu orthodoxe &#224; la fin de la d&#233;cennie soixante-dix, a d&#233;bouch&#233; sur un marxisme intellectuel peu li&#233; au mouvement ouvrier et, paradoxalement, pr&#233;occup&#233; davantage de la qu&#234;te des mouvements sociaux r&#233;els que de la lettre du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. O'Sullivan le constate tr&#232;s bien dans son texte portant sur le cas sp&#233;cifique du mouvement intellectuel marxiste au Canada anglais, le cas du Qu&#233;bec est loin d'&#234;tre unique. Il illustre en tout cas un paradoxe qui n'est pas sans poser &#171; interrogations. Celle de savoir s'il peut y avoir, sans lien avec le mouvement ouvrier, une philosophie marxiste, une sociologie marxiste, une &#233;conomie politique marxiste, etc. Le fait de la d&#233;connexion entre la th&#233;orie et la pratique n'est certes pas propre au marxisme, comme le rappelle D. Brunelle. Il est n&#233;anmoins plus grave dans son cas &#233;tant donn&#233; la nature m&#234;me de son projet. N'y a-t-il pas l&#224; en effet une contradiction profonde entre le projet initial de Marx et l'esprit m&#234;me de son oeuvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de la disjonction entre le projet th&#233;orique et le projet politique est d&#233;sormais partie int&#233;grante de la crise du marxisme et, comme on pourra s'en rendre compte &#224; la lecture des textes ici regroup&#233;s, cette crise est loin d'&#234;tre r&#233;solue. Elle l'est d'autant moins que sur le plan politique on ne retient g&#233;n&#233;ralement du projet th&#233;orique qu'un cadre d'analyse r&#233;duit et le caract&#232;re mobilisateur du discours, alors qu'&#224; l'oppos&#233;, ceux qui se r&#233;fugient dans la th&#233;orie face &#224; la perte de cr&#233;dibilit&#233; de l'alternative sociale propos&#233;e ne conservent du marxisme que l'efficacit&#233; analytique de la grille de lecture du capitalisme. Une retomb&#233;e heureuse de cette &#233;volution paradoxale aura &#233;t&#233; cependant de forcer les remises en question et de provoquer un retour aux d&#233;bats sur le terrain du socialisme d'abord et des id&#233;es ensuite. Et &#224; ces d&#233;bats non plus on ne peut &#233;chapper, qu'il suffise &#171; &#233;voquer le socialisme et de quels socialismes il peut &#234;tre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE MARXISME : UN ENJEU POUR L'ACTION&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#201;VOLUTIONNAIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; historique, le socialisme passait selon Marx et Engels par l'affirmation politique de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e comme seule classe capable de nier historiquement la soci&#233;t&#233; de classes. Sur ce point, Marx se d&#233;marquait nettement des diff&#233;rents courants socialistes du XIXe si&#232;cle auxquels lui et Engels reprochaient l'utopisme, l'immaturit&#233; th&#233;orique et politique ou tout simplement l'humanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle C. Deblock dans son texte, l'objectif final assign&#233; par Marx &#224; l'organisation politique de la classe ouvri&#232;re est la conqu&#234;te du pouvoir et la transformation des rapports sociaux dans le sens de l'abolition des classes sociales et de leurs conditions objectives d'existence. De plus, pour Marx, comme il l'exprime de fa&#231;on parfaitement explicite dans une lettre &#224; son ami Weydemeyer dat&#233;e de 1852, la &#171; mission historique &#187; de la classe ouvri&#232;re passe par une premi&#232;re phase de dictature du prol&#233;tariat, &#233;tape n&#233;cessaire sur le chemin de la fondation de la future soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Marx allaient-elles s'imposer ? n'a-t-on pas exag&#233;r&#233; l'influence de la conception marxienne sur le mouvement ouvrier durant le dernier quart du XIXe si&#232;cle et n'a-t-on pas sur&#233;valu&#233; l'influence politique et syndicale des communistes ? Dans le contexte de cette p&#233;riode de d&#233;ploiement du mouvement ouvrier &#224; la fois sur le plan politique et syndical, il ne saurait &#234;tre question de nier le pouvoir mobilisateur qu'a exerc&#233; le discours politique de Marx ni la diffusion rapide de ses id&#233;es ni le r&#244;le actif jou&#233; par les communistes au sein des organisations syndicales ou des partis socialistes naissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, survint la R&#233;volution d'octobre, premi&#232;re r&#233;volution qui se voulut prol&#233;tarienne, premi&#232;re r&#233;volution marquant l'arriv&#233;e au pouvoir d'un parti se proclamant l'&#233;manation de la classe ouvri&#232;re. L'impact de cette r&#233;volution a &#233;t&#233; consid&#233;rable, d'abord en Europe o&#249; elle donnera un nouvel &#233;lan au mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire, ensuite dans les pays du tiers monde encore sous le joug du colonialisme, leur pavant la voie de la lib&#233;ration et du d&#233;veloppement. Pour nombre de militants, la R&#233;volution d'octobre devait prendre valeur de symbole. Pour la premi&#232;re fois, le socialisme paraissait devenir possible, r&#233;el. Le changement social par l'accession au pouvoir de la classe ouvri&#232;re devenait une perspective imm&#233;diate et une nouvelle &#232;re semblait alors s'ouvrir &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois quarts de si&#232;cle plus tard, la R&#233;volution d'octobre suscite toujours autant d'int&#233;r&#234;t, cependant que l'espoir a c&#233;d&#233; la place &#224; la d&#233;sillusion, au d&#233;senchantement &#224; ce point qu'il appert difficile de ne pas s'interroger sur les impasses d'un r&#233;gime qui a fait du socialisme et de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re sa premi&#232;re raison d'&#234;tre. Bakounine aurait-il vu juste lorsque, s'opposant &#224; Marx et &#224; ceux qu'il appelait les &#171; communistes autoritaires &#187;, il voyait d&#233;j&#224; comme un non-sens historique les pr&#233;tentions de ces derniers &#224; r&#233;aliser le socialisme en s'appuyant sur un groupe d'individus &#171; m&#234;me les plus intelligents et les mieux intentionn&#233;s fussent-ils &#187; et sur l'&#201;tat. &#171; &#201;tat veut dire domination, et toute domination suppose l'assujettissement des masses et par cons&#233;quent leur exploitation au profit d'une minorit&#233; gouvernante quelconque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Bakounine, &#171; Lettre au journal La libert&#233; &#187;, dans D. Gu&#233;rin, Ni Dieu ni (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Vision pr&#233;monitoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS conna&#238;t avec la perestro&#239;ka une v&#233;ritable r&#233;volution soci&#233;tale. L'insatisfaction &#224; l'&#233;gard des institutions politiques et des r&#233;alisations &#233;conomiques est bien r&#233;elle. Pendant longtemps pourtant, comme le soulignent L. Beaudry et L. Duhamel dans leur texte, il n'y a pas eu de remise en question officielle du r&#233;gime. Et encore aujourd'hui, toute perspective d'action politique de la classe ouvri&#232;re en URSS en vue de s'approprier et d'exercer le pouvoir est peu probable voire invraisemblable dans un avenir plus ou moins rapproch&#233;. L'appareil &#233;ducatif et id&#233;ologique a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le processus d'int&#233;gration de la classe ouvri&#232;re, mais aussi, l'am&#233;lioration des conditions de vie et la &#171; place &#187; qu'occupe la classe ouvri&#232;re dans le syst&#232;me politique sovi&#233;tique. Modeste, l'am&#233;lioration des conditions mat&#233;rielles de vie et de travail de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233;, jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es, n&#233;anmoins r&#233;elle. Le r&#233;gime politique pouvait donc dans son discours politique s'en pr&#233;valoir all&#233;grement, tout comme il a pu le faire d'ailleurs d'une certaine forme de &#171; pr&#233;sence &#187; de la classe ouvri&#232;re dans les appareils d'&#201;tat. M&#234;me si les in&#233;galit&#233;s sont nombreuses et les ouvertures limit&#233;es, le discours officiel pouvait s'accrocher &#224; certaines r&#233;alit&#233;s qui apparaissaient comme &#233;tant suffisamment solides pour donner au r&#233;gime une certaine stabilit&#233; politique. Les r&#233;formes en cours montrent cependant &#224; quel point cette stabilit&#233; &#233;tait fragile ; &#224; quel point aussi sont profondes les aspirations &#224; la d&#233;mocratie et au mieux &#234;tre social. Mais, du &#171; socialisme r&#233;el &#187;, lURSS ne serait-elle pas maintenant en train de basculer sans garde-fous dans un &#171; capitalisme r&#233;el &#187; qui pourrait bien rapidement apporter aussi son lot de d&#233;sillusions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet C. Julien, &#171; Voyage au pays du capitalisme &#034;r&#233;el&#034; &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La question en tout cas est pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire aussi des &#233;normes transformations que conna&#238;t la Chine depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt ! Depuis la mort de Mao Zedong, la nouvelle direction du Parti communiste chinois a engag&#233; la Chine sur la voie de profondes r&#233;formes &#233;conomiques qui n'en finissent pas de surprendre. Justifi&#233;es par la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper plus rapidement le pays, ces r&#233;formes ont conduit les dirigeants &#224; reformuler les cadres th&#233;oriques du socialisme chinois, apr&#232;s qu'ils aient constat&#233; l'&#233;chec de l'ultra-gauchisme. Mais &#224; quelle relecture du marxisme-l&#233;ninisme et de la pens&#233;e de Mao Zedong y proc&#232;de-t-on ? Comment se d&#233;finit cette nouvelle voie du socialisme &#224; la chinoise ? L'exp&#233;rience est sans doute encore trop neuve pour qu'on puisse porter un jugement serein. Toutefois, comme on s'en rendra compte &#224; la lecture du texte de T.Y. Sun, si la pens&#233;e de Mao Zedong, particuli&#232;rement la th&#233;orie de la continuation de la r&#233;volution sous la dictature du prol&#233;tariat, ce &#171; troisi&#232;me jalon du marxisme-l&#233;ninisme &#187;, a exerc&#233; une influence d&#233;cisive sur la R&#233;volution chinoise, tout indique que les r&#233;am&#233;nagements qui y ont &#233;t&#233; apport&#233;s au nom de la &#171; th&#233;orie du stade primaire du socialisme &#187; semblent tout aussi d&#233;cisifs. Mais, et c'est la question qui appara&#238;t en filigrane dans le texte de T.Y. Sun, que reste-t-il encore de l'h&#233;ritage marxiste-l&#233;niniste et de la pens&#233;e de Mao Zedong ? Que reste-t-il encore de socialisme en Chine apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de la place Tien an Men ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute interrogation moindrement critique sur la r&#233;alit&#233; des &#171; socialismes &#187; existants pose la question m&#234;me de l'opportunit&#233; de l'existence des partis communistes, ou tout du moins de la place qu'ils occupent au sein du mouvement ouvrier. L'enracinement des partis communistes dans le mouvement ouvrier para&#238;t d'ailleurs aujourd'hui bien fragile, et cela malgr&#233; le fait historique qu'ils aient &#233;t&#233;, depuis longtemps, au coeur des luttes ouvri&#232;res et des luttes de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les partis communistes nationaux tentent strat&#233;giquement, comme c'est le cas en Europe, soit de se dissocier des &#171; partis fr&#232;res &#187; des pays socialistes, comme le font les partis communistes italien et espagnol, soit de capitaliser politiquement sur le &#171; r&#233;sultat globalement positif &#187; des pays socialistes, comme les partis communistes fran&#231;ais et portugais, dans un cas comme dans l'autre, le d&#233;clin appara&#238;t historiquement irr&#233;m&#233;diable. Il semble bien fini le temps o&#249; il suffisait d'&#233;voquer la &#171; terre du socialisme &#187; pour faire vibrer la fi&#232;vre r&#233;volutionnaire des militants ouvriers et rallier les intellectuels &#171; compagnons de route &#187; &#224; la juste lutte des travailleurs exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des communistes dans un pays comme le Canada est encore plus d&#233;sastreux. La proximit&#233; des &#201;tats-Unis n'explique certainement pas compl&#232;tement un tel &#233;chec, dont l'histoire est encore &#224; faire. Le texte de M. O'Sullivan nous pr&#233;sente &#224; cet &#233;gard d'int&#233;ressantes pistes de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;remment qu'en Occident, le marxisme a exerc&#233; en Am&#233;rique latine une influence d&#233;terminante. Tr&#232;s t&#244;t, dans les ann&#233;es vingt, aux lendemains de la R&#233;volution d'octobre appara&#238;t une pens&#233;e originale, avec par exemple Jos&#233; Carlos Mariate au P&#233;rou, Farabundo Marti au Salvador, et s'y d&#233;veloppe une tradition de lutte sociale, anti-imp&#233;rialiste, dans laquelle s'enracine la gauche r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution cubaine constitue &#233;videmment un tournant capital dans l'histoire du marxisme latino-am&#233;ricain et dans l'histoire de l'Am&#233;rique latine tout enti&#232;re. Mais, la force des diff&#233;rents courants du mouvement ouvrier qui se r&#233;clament du marxisme et du socialisme en Am&#233;rique latine, c'est le front uni, cette solidarit&#233; d'action, cette tradition de lutte commune, qu'un tel front peut opposer &#224; l'ordre social r&#233;gnant et aux oeuvres de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Projet inachev&#233;, le marxisme en th&#233;orie et en politique n'en laisse pas moins un certain nombre de questions ouvertes, sans r&#233;ponses. Ainsi en est-il de la question des femmes qui se pose &#224; la th&#233;orie et &#224; la politique. En effet, rien n'est plus hostile au f&#233;minisme comme mouvement autonome et comme question sociale sp&#233;cifique que la conception marxiste de la lutte des classes, comme l'affirme si bien en 1910 Lydia Pissarjevsky dans son ouvrage Socialisme et f&#233;minisme. Pour l'auteur du Manifeste communiste, la lutte des classes forme la trame de l'histoire, et toute bataille qui n'est pas directement men&#233;e contre le capitalisme n'est qu'une &#171; d&#233;viation &#187;... Le Manifeste t&#233;moigne on ne peut plus clairement des difficult&#233;s du marxisme &#224; traiter de la question des femmes autrement qu'au travers de la lutte des classes, autrement qu'en r&#233;duisant le patriarcat au statut de question connexe &#224; la lutte des classes. C'est tout le f&#233;minisme, ses luttes et ses manifestes qui ont &#233;t&#233; ignor&#233;s par le c&#233;l&#232;bre Manifeste de 1848. Aussi, il n'est pas &#233;tonnant que le socialisme en th&#233;orie et en pratique demeure encore aujourd'hui patriarcal. C'est l&#224; le propos de M. de S&#232;ve. La question des femmes reste, pour Marx et ses successeurs, subsidiaire et riv&#233;e au progr&#232;s social. &#192; moins d'un effort inou&#239; de jonction n&#233;cessaire et &#233;galitaire entre le mouvement f&#233;ministe et le mouvement ouvrier, la d&#233;mocratie restera un vain mot de la part des dirigeants socialistes qui ne seront jamais que des oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans n&#233;cessairement les comprendre, le marxisme a n&#233;anmoins permis la r&#233;flexion sur les diff&#233;rentes formes &#171; oppression, ne serait-ce pour les f&#233;ministes qu'en se d&#233;marquant du marxisme ; il a exerc&#233; une influence ind&#233;niable sur les diff&#233;rents mouvements de lib&#233;ration nationale, particuli&#232;rement dans l'apr&#232;s-guerre. Comme pour ce qui est de la question des femmes, le marxisme a jou&#233; quant &#224; la question nationale un r&#244;le &#224; la fois mobilisateur et tout aussi ambigu. Marx n'a-t-il pas consid&#233;r&#233; le nationalisme comme une id&#233;ologie pass&#233;iste et r&#233;trograde ? N'a-t-il pas &#224; l'&#233;gard du libre-&#233;change tenu des propos aussi &#233;tonnants &#224; premi&#232;re vue, que de clamer que le &#171; syst&#232;me de libert&#233; commerciale &#187; h&#226;tait la r&#233;volution sociale ou encore que l'imp&#233;rialisme britannique, malgr&#233; sa barbarie, &#233;tait porteur de progr&#232;s, investi qu'il &#233;tait d'une mission destructrice de la vieille soci&#233;t&#233; et r&#233;g&#233;n&#233;ratrice sur le plan mat&#233;riel ? Les textes de Marx sur le colonialisme et l'imp&#233;rialisme laissent perplexes. Sans les excuser au nom de la jeunesse ni les ignorer, S. Katz apporte un &#233;clairage sur cette question du colonialisme et de l'ethnocentrisme de Marx. L'ambigu&#239;t&#233; du rapport entre la question nationale et la question sociale n'en demeure pas moins pr&#233;sente au sein du marxisme, comme le rappelle P. A. Bl&#233;nald &#224; propos de la Guadeloupe et de la Martinique. La question nationale n'est pas r&#233;duite aux dimensions du stalinisme. Le cas du Qu&#233;bec, de la Guadeloupe et de la Martinique sont ici (les textes de L. Favreau et de P.A. Bl&#233;nald) repr&#233;sentatifs de ce ph&#233;nom&#232;ne, y compris de l'&#233;volution des d&#233;bats aff&#233;rents. Alors que les &#171; &#233;v&#233;nements d'octobre &#187; au Qu&#233;bec auront pour effet de porter la question nationale sur le terrain de la lutte pour le socialisme, le d&#233;senchantement des populations antillaises entourant l'int&#233;gration &#224; la France contribuera dans l'apr&#232;s-guerre &#224; recentrer la probl&#233;matique des luttes vers l'abandon par les communistes de la voie de l'assimilation qu'ils d&#233;fendaient jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambigu&#239;t&#233;s de l'oeuvre th&#233;orique de Marx, aussi bien dans les luttes et les rapports au sein du m&#234;me mouvement, conduiront un certain nombre de mouvements de lib&#233;ration nationale des pays du tiers monde &#224; trouver leur propre voie, originale et ind&#233;pendante tant des id&#233;es du centre que du marxisme-l&#233;ninisme. Tel sera notamment le cas du socialisme africain dont M. H. M'Beko retrace les lignes directrices tout en indiquant les limites qu'elle comporte. Rejetant les mod&#232;les occidentaux, les tenants du socialisme africain auront comme pr&#233;occupation majeure d'enraciner le socialisme au pass&#233; pr&#233;colonial &#224; la recherche du collectivisme traditionnel et des valeurs africaines. Cette &#171; troisi&#232;me voie &#187; ne sera pas sans contradictions et n'ira pas sans d&#233;convenues. Elle demeure cependant l'expression de la sp&#233;cificit&#233; socioculturelle et, gr&#226;ce &#224; elle, un consensus national pourra &#234;tre cr&#233;&#233; pour la construction des pays au lendemain de leur ind&#233;pendance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quelques-unes des questions politiques et th&#233;oriques auxquelles nous renvoie le &#171; marxisme &#187; centenaire. Mais, malgr&#233; les nombreuses ambigu&#239;t&#233;s th&#233;oriques de l'oeuvre scientifique, malgr&#233; aussi les d&#233;sillusions auxquelles a pu conduire la construction du socialisme, peut-on vraiment contourner Marx ? Peut-on encore, et surtout peut-&#234;tre, y trouver une source d'inspiration et de r&#233;flexion &#224; notre &#233;poque que, faute de mieux, certains qualifient de postmoderne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre si, comme le sugg&#233;rait d&#233;j&#224; dans ses travaux K. Polanyi, nous revenons &#224; ce qui fut la pr&#233;occupation principale de Marx tout au long de son oeuvre, l'Homme, l'Homme dans sa modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tant d'autres intellectuels socialistes, K. Polanyi a longtemps &#233;prouv&#233; un certain malaise devant le d&#233;terminisme et le mat&#233;rialisme historiques. Cela le conduira dans un premier temps &#224; rejeter Marx et le marxisme pour des raisons tout autant de m&#233;thode que de philosophie. Lorsqu'il y reviendra plus tard, ce sera pour red&#233;couvrir un Marx, homme de science m&#233;ticuleux certes, mais surtout un Marx tourment&#233; par la d&#233;gradation des relations humaines et la perte progressive de l'essence humaine dans les rapports marchands. Les textes in&#233;dits de Polanyi que nous publions dans cet ouvrage montrent &#224; quel point l'humanisme de Marx, longtemps rejet&#233; au nom de la lutte des classes par ceux qui se r&#233;clamaient de sa pens&#233;e, pourrait &#234;tre une voie d'inspiration f&#233;conde non seulement pour saisir le caract&#232;re profond&#233;ment ali&#233;nant de nos soci&#233;t&#233;s industrielles, mais aussi pour reconstruire les solidarit&#233;s sociales &#224; partir d'une vision moderne de l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, penseur de l'individualisme moderne ? Cela peut sembler paradoxal au premier abord, sinon scandaleux pour certains, d'associer Marx &#224; l'individualisme. Pourtant Marx n'a-t-il pas, comme le sugg&#233;rait Louis Dumont dans son livre Homo Aequalis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Dumont, Homo Aequalis, gen&#232;se et &#233;panouissement de l'id&#233;ologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fait du sujet individuel la pierre angulaire de son oeuvre &#233;conomique et politique ? Ne pourrions-nous pas justement comprendre le succ&#232;s id&#233;ologique de Marx et redonner au marxisme toute son actualit&#233;, non pas en esp&#233;rant en vain le d&#233;clin de l'individualisme au profit d'un illusoire &#171; collectif &#187; mais au contraire en retrouvant dans notre engagement collectif l'essence de l'Homme ? Marx, penseur de l'individualisme moderne ? Oui, dans la mesure o&#249;, comme le rappellent G. Labelle et J.-M. Piotte, nous nous attachons non seulement au Marx critique radical de la fiction d'un individualisme lib&#233;ral, id&#233;ologie &#233;go&#239;ste d'un ordre social d&#233;shumanisant, mais aussi au Marx penseur d'un communisme lib&#233;rateur de toutes les potentialit&#233;s de l'Homme, seule voie possible pour le sujet individuel de nos soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Bakounine, &#171; Lettre au journal La libert&#233; &#187;, dans D. Gu&#233;rin, Ni Dieu ni Ma&#238;tre. Anthologie de l'anarchisme, Paris, Maspero, 1970, t. 2, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet C. Julien, &#171; Voyage au pays du capitalisme &#034;r&#233;el&#034; &#187;, Le monde diplomatique, f&#233;vrier 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Dumont, Homo Aequalis, gen&#232;se et &#233;panouissement de l'id&#233;ologie &#233;conomique, Paris, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
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