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	<title>Chaire UNESCO d’études des fondements philosophique de la justice et de la société démocratique | UQAM</title>
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	<description>Les travaux de la Chaire sont ancrés dans les champs de la philosophie politique et de la philosophie du droit sous un horizon interdisciplinaire et visent à répondre aux différentes facettes du mandat fondateur des Chaires de philosophie de l’UNESCO : jouer un rôle de leadership, rassembler autour de thèmes fédérateurs illustrant, défendant et faisant partager au plus grand nombre possible, la nature, l’importance et les effets éthiques, politiques et sociaux de la pensée critique et de la réflexion philosophique.</description>
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		<title>Chaire UNESCO d’études des fondements philosophique de la justice et de la société démocratique | UQAM</title>
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		<title>Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet : Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ?</title>
		<link>https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=article-unesco&amp;id_article=3094</link>
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		<dc:date>2006-11-07T13:53:08Z</dc:date>
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		<dc:creator>&lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-unesco&amp;id_auteur=594&#034;&gt;Marijo Demers&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;</dc:creator>


		<dc:subject>Asie</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletin du maintien de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Politiques &#233;trang&#232;res</dc:subject>

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&lt;p&gt;Bulletin du maintien de la paix no. 82 (novembre 2006). &lt;br class='autobr' /&gt; Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er juillet 2006, Hu Jintao, le pr&#233;sident de la R&#233;publique Populaire de Chine (RPC), a officiellement inaugur&#233; en grande pompe le nouveau chemin de fer reliant les villes de Golmud, dans la province du Qinghai, et de Lhassa, la capitale de la R&#233;gion Autonome du Tibet. La date de la mise en service de la ligne ferroviaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Centre d'&#233;tudes des politiques &#233;trang&#232;res et de s&#233;curit&#233; (CEPES)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bulletin du maintien de la paix no. 82 (novembre 2006).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet&lt;br class='autobr' /&gt;
Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er juillet 2006, Hu Jintao, le pr&#233;sident de la R&#233;publique Populaire de Chine (RPC), a officiellement inaugur&#233; en grande pompe le nouveau chemin de fer reliant les villes de Golmud, dans la province du Qinghai, et de Lhassa, la capitale de la R&#233;gion Autonome du Tibet. La date de la mise en service de la ligne ferroviaire est symbolique : le 1er juillet co&#239;ncide avec le 85&#232; anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC). &#192; l'image du barrage des Trois Gorges, l'accomplissement est titanesque : un chantier qui aura dur&#233; six ans, soit de 2001 &#224; 2006, avec &#224; pied d'&#339;uvre des centaines de milliers d'ouvriers et une facture totale de 4,2 milliards de dollars. Aujourd'hui, on se rend de Golmud &#224; Lhassa en 16 heures &#224; peine, tandis qu'il faut compter deux jours entre Beijing et Lhassa. Si on compare &#224; l'autobus qui circule sur l' &#171; autoroute &#187; Qinghai-Tibet -toujours de Golmud &#224; Lhassa- il met un &#233;reintant soixante-douze heures pour arriver &#224; destination. Transportant entre 600 et 900 passagers &#224; chaque voyage, le train a d&#233;j&#224; amen&#233; 300 000 personnes sur le plateau tib&#233;tain, et plus de 300 000 tonnes de produits divers en seulement quatre mois d'op&#233;ration, selon les chiffres officiels du r&#233;gime chinois. Pour les touristes les plus fortun&#233;s, le minist&#232;re des chemins de fer offrira, d&#232;s 2008, de luxueuses suites dot&#233;es d'une vue panoramique et de salles de bain compl&#232;tes &#224; 1000$ le ticket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de construire une voie ferr&#233;e au Tibet ne date pas d'hier ; c'est un vieux r&#234;ve qu'ont caress&#233; plusieurs dirigeants chinois dont Sun Yat-Sen et Mao Zedong sans pouvoir y donner suite &#224; cause des co&#251;ts faramineux et des emb&#251;ches techniques. Il aura fallu attendre le 9e plan quinquennal (1996-2000) de la RPC pour qu'on &#233;tudie quatre trac&#233;s possibles et qu'on s&#233;lectionne la voie Golmud-Lhassa. Aux yeux des autorit&#233;s chinoises, la ligne ferroviaire est extr&#234;mement b&#233;n&#233;fique pour la R&#233;gion Autonome du Tibet et le Qinghai : afflux de visiteurs chinois et &#233;trangers qui stimuleront l'&#233;conomie, sans oublier l'extraction et le transport des ressources naturelles abondantes dans ces r&#233;gions. De fa&#231;on plus globale, la d&#233;marche s'inscrit dans le grand plan du d&#233;veloppement de l'Ouest de la Chine (xibu da kaifa) qui vise &#224; sortir de la torpeur &#233;conomique et &#224; combler le retard des provinces les plus pauvres du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une prouesse technique au c&#339;ur de la cha&#238;ne himalayenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du tron&#231;on Golmud-Lhassa force l'admiration ; cet ouvrage pharaonique que d'aucuns n'estimait possible &#224; mener &#224; bien a &#233;t&#233; achev&#233; en un temps record -en 2006- soit un an avant l'&#233;ch&#233;ancier fix&#233; dans le devis original. Des trac&#233;s envisag&#233;s, aux plans des ing&#233;nieurs, puis aux travaux de dynamitage, presque l'ensemble de l'&#339;uvre a &#233;t&#233; accomplie par les Chinois eux-m&#234;mes, si ce n'est de l'expertise d'appoint des Russes qui ont construit le transsib&#233;rien et ont fait face &#224; des &#233;cueils techniques qui s'apparentaient aux probl&#232;mes rencontr&#233;s sur la ligne himalayenne. Le trajet Golmud-Lhassa s'&#233;tend sur 1141 km ; 960km se situent &#224; plus de 4000 m&#232;tres d'altitude, l&#224; o&#249; l'oxyg&#232;ne se fait tr&#232;s rare. Les constructeurs ont du d&#233;ployer des tr&#233;sors d'ing&#233;niosit&#233; pour r&#233;ussir &#224; poser des rails et des traverses de fa&#231;on s&#233;curitaire sur le perg&#233;lisol qui couvre une bonne partie du trac&#233;. Ce perg&#233;lisol est gel&#233; presque en permanence, mais il fond durant l'&#233;t&#233; -ce qui d&#233;stabilise le sol et peut faire tordre les rails- ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un vrai casse-t&#234;te pour les ing&#233;nieurs ferroviaires chinois. Comme le train chemine &#224; travers la cha&#238;ne himalayenne, il &#233;tait impossible de proc&#233;der par mont&#233;es vertigineuses ; le minist&#232;re des chemins de fer a opt&#233; pour des tunnels et des ponts. Plus de trente d'entre eux percent les montagnes et surplombent le paysage. &#192; de nombreux endroits, la voie est sur&#233;lev&#233;e de plusieurs m&#232;tres et on a install&#233; un &#171; mur vert &#187; de chaque c&#244;t&#233; du rail. Plant&#233; au co&#251;t de 145 millions $ US, ce mur vert est compos&#233; d'un gazon r&#233;sistant au froid, qui permet d'&#233;viter l'&#233;rosion du sol et les dommages que pourraient causer de fortes pluies ou des &#233;boulements. En plus de cette innovation, il faut souligner que le minist&#232;re des chemins de fer a port&#233; une attention particuli&#232;re &#224; ses obligations environnementales en allouant 7% du budget total &#224; des mesures &#233;cologiques. En effet, le train traverse trois r&#233;serves naturelles o&#249; vivent plusieurs esp&#232;ces menac&#233;es (la grue &#224; col noir, l'&#226;ne sauvage, et la fameuse antilope tib&#233;taine, symbole des Jeux Olympiques de 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du chantier en tant que tel, ce sont des centaines de milliers d'ouvriers qui ont travaill&#233; sans rel&#226;che entre 2001 et 2006 &#224; installer les traverses et &#224; dynamiter les montagnes, kilom&#232;tre apr&#232;s kilom&#232;tre jusqu'&#224; la capitale du Tibet, Lhassa. La majorit&#233; d'entre eux devaient travailler avec un masque &#224; oxyg&#232;ne, puisque presque tout se passait &#224; plus de 4000 m&#232;tres d'altitude, sans compter les pr&#233;cautions qui s'imposent dans de telles conditions (&#233;viter les mouvements violents, les efforts soutenus, les charges disproportionn&#233;es...). Selon les autorit&#233;s chinoises, aucun ouvrier ne serait mort des complications li&#233;es au mal de l'air (emphys&#232;me, crise cardiaque, enflure des poumons et du cerveau, etc.), mais il est permis d'en douter, puisqu'une grande proportion de ces travailleurs n'&#233;tait pas native du Qinghai et donc peu acclimat&#233;e &#224; la raret&#233; de l'oxyg&#232;ne. En fait, cette &#171; arm&#233;e &#187; du chemin de fer provenait de toutes les r&#233;gions de la Chine, attir&#233;e par le besoin criant de main-d'&#339;uvre. Le directeur des op&#233;rations ferroviaires, Zhang Xiqing, a tout de m&#234;me admis que 14 500 travailleurs ont du &#234;tre hospitalis&#233;s et que de ce nombre, 3500 &#233;taient jug&#233;s comme des cas s&#233;rieux. Ces cons&#233;quences du mal de l'air n'&#233;taient pas les seules difficult&#233;s qui attendaient les cheminots sur le chantier : raret&#233; de l'eau dans une r&#233;gion d&#233;sertique, tentes de fortune balay&#233;es par les vents et isolement pendant de longs mois de labeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de vaincre les obstacles techniques et g&#233;ographiques, les scientifiques chinois ont d&#251; prendre en compte un autre facteur du plateau tib&#233;tain : l'activit&#233; sismique de la r&#233;gion. Il est assez inqui&#233;tant de constater que la ligne ferroviaire Golmud-Lhassa emprunte une route o&#249; les tremblements de terre ont une intensit&#233; qui varie entre 7 et 9 sur l'&#233;chelle de Richter. D'ailleurs, en novembre 2002, alors que la construction du tron&#231;on &#233;tait d&#233;j&#224; entam&#233;e, un tremblement de terre d'une magnitude de 8,1 sur l'&#233;chelle de Richter a &#233;t&#233; enregistr&#233; au Qinghai, ce qui a fendu une partie du trac&#233; et fait bouger le sol. Appel&#233; &#224; la rescousse, un expert en g&#233;ologie, Hu Daogong ne se montrait pas rassurant : &#171; La ligne traverse une r&#233;gion au sol gel&#233;, propice aux tremblements de terre, aux secousses sismiques. Cela pourrait couper la ligne &#224; tout moment. Seul Dieu sait quand. &#187; Le minist&#232;re des chemins de fer a toujours d&#233;menti le danger potentiel li&#233; &#224; la forte activit&#233; sismique de la r&#233;gion, en mentionnant que la voie ferr&#233;e est tr&#232;s s&#233;curitaire et qu'il n'y avait pas lieu d'&#233;tudier un trac&#233; alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir surmont&#233; les &#233;cueils techniques de la construction et de la mise en service du train le plus haut du monde, les d&#233;fis les plus importants sont peut-&#234;tre &#224; venir pour les ing&#233;nieurs ferroviaires chinois. Selon une &#233;tude de l'Acad&#233;mie chinoise des sciences, le r&#233;chauffement climatique serait une s&#233;rieuse menace &#224; la stabilit&#233; de la ligne Golmud-Lhassa. Depuis quelques ann&#233;es, le perg&#233;lisol a grandement diminu&#233;, perdant de 5 &#224; 7 m&#232;tres d'&#233;paisseur par endroits, alors qu'environ 10% du perg&#233;lisol couvrant la r&#233;gion a tout simplement disparu. Les experts chinois ont bel et bien consid&#233;r&#233; le facteur du r&#233;chauffement climatique dans leurs calculs, mais l&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que leur mod&#232;le pr&#233;voyait une augmentation de la temp&#233;rature d'un degr&#233; Celsius d'ici 2050 sur le plateau tib&#233;tain, alors que d'autres scientifiques avancent que le thermom&#232;tre pourra grimper de pr&#232;s de 2,5 degr&#233;s Celsius durant la m&#234;me p&#233;riode. Ces deux degr&#233;s et plus de r&#233;chauffement non planifi&#233; entra&#238;nera des impacts multiples : l'acc&#233;l&#233;ration de l'&#233;rosion du sol, la fonte du soubassement de la voie, la possibilit&#233; que des sections s'effondrent ou s'affaissent avec le d&#233;gel, la transformation de zones perg&#233;lisol en zones mar&#233;cageuses. D&#233;j&#224;, moins d'un an depuis l'arriv&#233;e du premier train &#224; Lhassa, des fissures ont &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;s dans le perg&#233;lisol qui supporte les rails et le ballast. Tenant compte des conditions g&#233;ographiques particuli&#232;res du Qinghai (perg&#233;lisol, activit&#233; sismique, temp&#234;tes de sable et de vent et r&#233;chauffement climatique), la stabilit&#233; &#224; long terme de cette prouesse technique semble &#234;tre compromise, surtout si on se fie &#224; la performance du transsib&#233;rien. Vieille d'une centaine d'ann&#233;es, la ligne russe montre des sympt&#244;mes semblables &#224; ceux discut&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ligne Golmud-Lhassa : outil d'une colonisation &#224; toute vapeur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde de plus pr&#232;s des provinces chinoises pr&#232;s du Tibet, comme le Xinjiang et la Mongolie int&#233;rieure, on s'aper&#231;oit que ce sont aussi des territoires o&#249; se retrouvent traditionnellement une forte concentration de minorit&#233;s ethniques non-Han - notamment des Ou&#239;ghours, des Mongols, des Kazakhs. Dans ces deux provinces, les lignes ferroviaires ont &#233;t&#233; mises place bien avant celle du Tibet. Or, l'arriv&#233;e quotidienne de dizaines de trains &#224; Urumqi ou Hohhot ne s'est pas sold&#233;e par un accroissement de la richesse ou une am&#233;lioration du niveau de vie pour les habitants : malgr&#233; les lignes ferroviaires install&#233;es il y a pr&#232;s de cinquante ans au Xinjiang et dans les ann&#233;es 1920 en Mongolie int&#233;rieure, les deux territoires font toujours partie des provinces les plus pauvres. Les retomb&#233;es &#233;conomiques ne semblent pas &#234;tre au rendez-vous et le principal effet de l'implantation d'un chemin de fer dans une province chinoise peupl&#233;e par des minorit&#233;s ethniques est, selon toute apparence, la dilution, voire la marginalisation de ces populations. En Mongolie int&#233;rieure, on estime que la population chinoise Han a quintupl&#233; entre 1912 et 1949, surtout lorsque des millions de colons ont mis le cap sur les gares de Hohhot et Baotou pour s'&#233;tablir d&#233;finitivement dans la r&#233;gion. M&#234;me s'il faut garder &#224; l'esprit que les statistiques chinoises ne refl&#232;tent pas toujours la r&#233;alit&#233;, le dernier recensement concernant la Mongolie int&#233;rieure &#233;tablissait que sur une population totale de 28 millions d'habitants, &#224; peine 4 millions de personnes se d&#233;claraient d'origine mongole. Quant au Xinjiang, les trains n'y roulent que depuis la fin du Grand Bond en Avant. Tout comme en Mongolie int&#233;rieure, des millions de colons chinois se sont &#233;tablis au Xinjiang, principalement dans les villes d'Urumqi, de Turfan, de Korla et d'Aksu. Dans le cas de la c&#233;l&#232;bre ville de Kashgar, &#233;tape oblig&#233;e sur la Route de la Soie, l'impact de l'arriv&#233;e du chemin de fer sur le paysage urbain est consid&#233;rable ; jusque dans les ann&#233;es 1990, peu de Chinois Han vivaient &#224; Kashgar, situ&#233; &#224; l'extr&#234;me nord-ouest du pays, tout pr&#232;s de la fronti&#232;re avec le Kazakhstan. Or, depuis que la gare de Kashgar a &#233;t&#233; inaugur&#233;e en 2000, on a not&#233; pour l'ann&#233;e 2001 seulement une augmentation de 30% de la population chinoise dans cette municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux exemples de la Mongolie int&#233;rieure et du Xinjiang n'ont rien pour rassurer les Tib&#233;tains. D'ailleurs, du c&#244;t&#233; gouvernemental, c'est Jiang Zemin, alors &#224; la t&#234;te du PCC, qui, dans une entrevue au New York Times en 2001, n'employait pas la langue de bois pour commenter le projet Golmud-Lhassa : &#171; Certaines personnes m'ont conseill&#233; de ne pas aller de l'avant avec le projet [Golmud-Lhassa] parce que celui-ci n'est pas rentable d'un point de vue commercial. J'ai r&#233;pondu que c'&#233;tait une d&#233;cision politique. &#187; Quelques statistiques semblent lui donner raison : selon des donn&#233;es officielles, la population totale des villes de Golmud et de Lhassa, ainsi que les territoires compris entre le lien ferroviaire ne d&#233;passe pas 550 000 personnes. Cette demande potentielle tr&#232;s faible en mati&#232;re de transport pour un pays qui compte plus d'un milliard d'habitants ne justifie pas &#233;conomiquement un projet d'une telle ampleur. Selon l'expert ferroviaire anglais Brian Green, &#171; ...pour qu'un chemin de fer soit rentable &#233;conomiquement, il faut qu'il y ait du fret, du transport de marchandises, au moins 10 millions de tonnes par an. Je ne pense pas que cela va arriver [sur la ligne Golmud-Lhassa] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir une id&#233;e plus nette de ce que la ligne Golmud-Lhassa pourrait signifier en fait de changements d&#233;mographiques, penchons-nous sur le cas du trac&#233; Xining-Golmud, officiellement &#224; l'ext&#233;rieur de la R&#233;gion Autonome du Tibet, mais &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res ethniques tib&#233;taines, soit dans la province du Qinghai. R&#233;gion inhospitali&#232;re, quasi d&#233;sertique et balay&#233;e par des temp&#234;tes de vent et de sable, le Qinghai a toujours &#233;t&#233; faiblement peupl&#233;. Peu d&#233;velopp&#233;e, &#233;loign&#233;e des grands centres et soumises &#224; de rudes conditions climatiques, la province est devenue un goulag pour le r&#233;gime chinois qui y a envoy&#233; des prisonniers dans des camps de travail (laogai) qu'ils soient des dissidents, des victimes des purges anti-droitistes ou des criminels. &#192; Golmud dans le Qinghai, le chemin de fer fait son apparition en 1979, mais il est exclusivement r&#233;serv&#233; &#224; des fins militaires jusqu'en 1984. Depuis que les civils peuvent prendre le train de la capitale de la province -Xining- jusqu'&#224; Golmud, la population de cette municipalit&#233; a doubl&#233;. Cette cit&#233; champignon entour&#233;e d'&#233;tendues d&#233;sertiques est maintenant la deuxi&#232;me ville la plus peupl&#233;e, supplant&#233;e seulement par Xining. Pourtant d&#233;clar&#233;e pr&#233;fecture tib&#233;taine autonome et situ&#233;e en plein c&#339;ur de la province traditionnelle de l'Amdo, Golmud ne compte plus que 3,4% de r&#233;sidants tib&#233;tains sur une population totale de 165 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chemin de fer du Tibet : une menace militaire pour l'Inde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train Golmud-Lhassa, qui sillonne le plateau tib&#233;tain au nord-ouest du pays, n'en inqui&#232;te pas moins l'Inde, un des puissants voisins de la Chine. Les relations entre les deux g&#233;ants sont tendues depuis des d&#233;cennies, principalement &#224; cause de disputes frontali&#232;res qui mettent justement en cause des territoires ethniquement tib&#233;tains. &#192; New Delhi, un rapport confidentiel a circul&#233; aux plus hauts &#233;chelons du gouvernement lors de la mise en chantier de la ligne ferroviaire. Ce dernier faisait &#233;tat de la capacit&#233; strat&#233;gico-militaire qu'allait d&#233;sormais d&#233;tenir la Chine gr&#226;ce au chemin de fer Golmud-Lhassa : en un mois, l'arm&#233;e chinoise sera en mesure de mobiliser douze divisions -une division comprend 12 000 hommes- dans la r&#233;gion. Selon plusieurs sources, la Chine entrepose une partie de sa centaine de missiles nucl&#233;aires sur le plateau tib&#233;tain, notamment le long du trac&#233; Golmud-Lhassa. R&#233;cemment, l'arm&#233;e a compl&#233;t&#233; des exercices qui visaient &#224; d&#233;ployer une rampe de lancement de missiles sur rail. Pour le moment, aucune ligne ferroviaire ne se rend directement &#224; la fronti&#232;re sino-indienne, mais d'autres tron&#231;ons qui viendraient se greffer &#224; l'axe Golmud-Lhassa ne sont pas exclus dans les futurs plans du minist&#232;re des chemins de fer chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une responsabilit&#233; sociale qui d&#233;raille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'implication de Bombardier dans la construction du chemin de fer tib&#233;tain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la construction de la ligne ferroviaire traversant la R&#233;gion Autonome du Tibet est avant tout pilot&#233;e par le gouvernement chinois (financement, ing&#233;nierie, construction) qui a d&#233;cid&#233; de faire cavalier seul, quelques grandes soci&#233;t&#233;s internationales ont pu signer des ententes lucratives avec la Chine. C'est le cas d'un des fleurons de l'&#233;conomie canadienne et qu&#233;b&#233;coise, soit Bombardier, qui a d&#233;croch&#233; un contrat pour la construction des 360 wagons du train. En fait, Bombardier r&#233;colte 97 millions de dollars sur un contrat total de 348 millions de dollars r&#233;parti &#224; travers un consortium, le Bombardier Sifang Power Corporation. En plus de Bombardier, cette entit&#233; r&#233;unie les compagnies China South Locomotive, Rolling Stock Industry Corporation et Power Corp., un autre poids lourd de l'&#233;conomie canadienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de Valcourt n'a pas l&#233;sin&#233; sur les moyens pour r&#233;pondre aux attentes chinoises ; les wagons dernier cri destin&#233;s &#224; la ligne Golmud-Lhassa sont sp&#233;cialement con&#231;us pour affronter les conditions climatiques et g&#233;ographiques du trac&#233;. Les voitures sont &#233;quip&#233;es d'un syst&#232;me de protection contre les ultraviolets, en plus d'&#234;tre pressuris&#233;es par un proc&#233;d&#233; qui &#233;vite des variations trop grandes dans l'apport d'oxyg&#232;ne pour les passagers en cabine. La majorit&#233; des wagons ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s en Chine, dans la province du Shandong &#224; Qingdao et ont &#233;t&#233; livr&#233;es entre d&#233;cembre 2005 et mai 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication de Bombardier dans le projet controvers&#233; du chemin de fer tib&#233;tain a d&#233;clench&#233; l'ire des mouvements pro-tib&#233;tains canadiens, mais aussi internationaux. En 2005-2006, une v&#233;ritable campagne internationale se met en branle pour essayer d'infl&#233;chir la position des hauts dirigeants quant &#224; la responsabilit&#233; sociale de Bombardier qui contreviendrait &#224; son propre code d'&#233;thique en prenant part au projet, ainsi qu'&#224; la Charte de l'Union internationale de transport public sur le d&#233;veloppement durable, dont la compagnie qu&#233;b&#233;coise est signataire. Dans une lettre adress&#233;e au pdg de Bombardier, Laurent Beaudoin, plus de vingt-cinq organisations pr&#233;sentes dans dix-huit pays demandent au dirigeant de se retirer du projet. La strat&#233;gie des opposants &#224; la ligne ferroviaire s'est d&#233;ploy&#233;e sur plusieurs fronts, ce qui a port&#233; le d&#233;bat sur la place publique, notamment lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des actionnaires de juin 2005. En fait, les d&#233;tracteurs du train sur le Toit du Monde n'ont pas r&#233;ussi &#224; forcer Bombardier &#224; abandonner sa participation au projet controvers&#233;. M&#234;me si le constructeur a&#233;rien et ferroviaire pr&#234;te flanc &#224; la critique, il se d&#233;fend bien de participer &#224; une politique de colonisation. Interpell&#233;e sur la responsabilit&#233; sociale de la compagnie en 2005, la porte-parole H&#233;l&#232;ne Gagnon s'est content&#233;e de mentionner que la compagnie ne se m&#234;lait pas de politique et qu'elle ne faisait que livrer des wagons. Quant au pdg de Bombardier, Laurent Beaudoin, il a sp&#233;cifi&#233; que la voie ferr&#233;e Golmud-Lhassa est synonyme de d&#233;veloppement pour le Tibet en s'appuyant sur les d&#233;clarations du Dala&#239;-Lama qui cautionne le projet sous certaines r&#233;serves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marijo DEMERS&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tudiante aux &#233;tudes sup&#233;rieures&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;partement de science politique&lt;br class='autobr' /&gt;
UQAM&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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