<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>
 
<channel xml:lang="fr">
	<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
	<link>https://ceim.uqam.ca/</link>
	<description>Le CEIM r&#233;unit des chercheurs de r&#233;putation internationale sp&#233;cialistes de l'&#233;conomie politique des processus d'int&#233;gration et de mondialisation. Les th&#232;mes les plus importants d&#233;velopp&#233;s au CEIM sont : le r&#233;gionalisme, les institutions &#233;conomiques internationales, le commerce et l'investissement, le lien commerce-travail, la concurrence, les transformations du secteur des communications, les dimensions sociales et culturelles de la mondialisation.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<image>
		<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
		<url>https://ceim.uqam.ca/IMG/siteon0.png</url>
		<link>https://ceim.uqam.ca</link>
		<height>179</height>
		<width>164</width>
	</image>


<item xml:lang="fr">
		<title>Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet : Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ?</title>
		
		  <link>https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=article-ceim&amp;id_article=3094</link>
		<guid isPermaLink="true">https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=article-ceim&amp;id_article=3094</guid>
		<dc:date>2006-11-07T13:53:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a itemprop=&#034;author&#034; class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-ceim&amp;id_auteur=594&#034;&gt;Marijo Demers&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;</dc:creator>


		<dc:subject>Asie</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletin du maintien de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Politiques &#233;trang&#232;res</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bulletin du maintien de la paix no. 82 (novembre 2006). &lt;br class='autobr' /&gt; Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er juillet 2006, Hu Jintao, le pr&#233;sident de la R&#233;publique Populaire de Chine (RPC), a officiellement inaugur&#233; en grande pompe le nouveau chemin de fer reliant les villes de Golmud, dans la province du Qinghai, et de Lhassa, la capitale de la R&#233;gion Autonome du Tibet. La date de la mise en service de la ligne ferroviaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Centre d'&#233;tudes des politiques &#233;trang&#232;res et de s&#233;curit&#233; (CEPES)&lt;/a&gt;

/  
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=mot-ceim&amp;id_mot=3" rel="tag"&gt;Asie&lt;/a&gt;,  
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=mot-ceim&amp;id_mot=23" rel="tag"&gt;Bulletin du maintien de la paix&lt;/a&gt;,  
&lt;a href="https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=mot-ceim&amp;id_mot=89" rel="tag"&gt;Politiques &#233;trang&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bulletin du maintien de la paix no. 82 (novembre 2006).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le nouveau chemin de fer Golmud-Lhassa au Tibet&lt;br class='autobr' /&gt;
Aller-simple vers la colonisation ou levier &#233;conomique ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er juillet 2006, Hu Jintao, le pr&#233;sident de la R&#233;publique Populaire de Chine (RPC), a officiellement inaugur&#233; en grande pompe le nouveau chemin de fer reliant les villes de Golmud, dans la province du Qinghai, et de Lhassa, la capitale de la R&#233;gion Autonome du Tibet. La date de la mise en service de la ligne ferroviaire est symbolique : le 1er juillet co&#239;ncide avec le 85&#232; anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC). &#192; l'image du barrage des Trois Gorges, l'accomplissement est titanesque : un chantier qui aura dur&#233; six ans, soit de 2001 &#224; 2006, avec &#224; pied d'&#339;uvre des centaines de milliers d'ouvriers et une facture totale de 4,2 milliards de dollars. Aujourd'hui, on se rend de Golmud &#224; Lhassa en 16 heures &#224; peine, tandis qu'il faut compter deux jours entre Beijing et Lhassa. Si on compare &#224; l'autobus qui circule sur l' &#171; autoroute &#187; Qinghai-Tibet -toujours de Golmud &#224; Lhassa- il met un &#233;reintant soixante-douze heures pour arriver &#224; destination. Transportant entre 600 et 900 passagers &#224; chaque voyage, le train a d&#233;j&#224; amen&#233; 300 000 personnes sur le plateau tib&#233;tain, et plus de 300 000 tonnes de produits divers en seulement quatre mois d'op&#233;ration, selon les chiffres officiels du r&#233;gime chinois. Pour les touristes les plus fortun&#233;s, le minist&#232;re des chemins de fer offrira, d&#232;s 2008, de luxueuses suites dot&#233;es d'une vue panoramique et de salles de bain compl&#232;tes &#224; 1000$ le ticket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de construire une voie ferr&#233;e au Tibet ne date pas d'hier ; c'est un vieux r&#234;ve qu'ont caress&#233; plusieurs dirigeants chinois dont Sun Yat-Sen et Mao Zedong sans pouvoir y donner suite &#224; cause des co&#251;ts faramineux et des emb&#251;ches techniques. Il aura fallu attendre le 9e plan quinquennal (1996-2000) de la RPC pour qu'on &#233;tudie quatre trac&#233;s possibles et qu'on s&#233;lectionne la voie Golmud-Lhassa. Aux yeux des autorit&#233;s chinoises, la ligne ferroviaire est extr&#234;mement b&#233;n&#233;fique pour la R&#233;gion Autonome du Tibet et le Qinghai : afflux de visiteurs chinois et &#233;trangers qui stimuleront l'&#233;conomie, sans oublier l'extraction et le transport des ressources naturelles abondantes dans ces r&#233;gions. De fa&#231;on plus globale, la d&#233;marche s'inscrit dans le grand plan du d&#233;veloppement de l'Ouest de la Chine (xibu da kaifa) qui vise &#224; sortir de la torpeur &#233;conomique et &#224; combler le retard des provinces les plus pauvres du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une prouesse technique au c&#339;ur de la cha&#238;ne himalayenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du tron&#231;on Golmud-Lhassa force l'admiration ; cet ouvrage pharaonique que d'aucuns n'estimait possible &#224; mener &#224; bien a &#233;t&#233; achev&#233; en un temps record -en 2006- soit un an avant l'&#233;ch&#233;ancier fix&#233; dans le devis original. Des trac&#233;s envisag&#233;s, aux plans des ing&#233;nieurs, puis aux travaux de dynamitage, presque l'ensemble de l'&#339;uvre a &#233;t&#233; accomplie par les Chinois eux-m&#234;mes, si ce n'est de l'expertise d'appoint des Russes qui ont construit le transsib&#233;rien et ont fait face &#224; des &#233;cueils techniques qui s'apparentaient aux probl&#232;mes rencontr&#233;s sur la ligne himalayenne. Le trajet Golmud-Lhassa s'&#233;tend sur 1141 km ; 960km se situent &#224; plus de 4000 m&#232;tres d'altitude, l&#224; o&#249; l'oxyg&#232;ne se fait tr&#232;s rare. Les constructeurs ont du d&#233;ployer des tr&#233;sors d'ing&#233;niosit&#233; pour r&#233;ussir &#224; poser des rails et des traverses de fa&#231;on s&#233;curitaire sur le perg&#233;lisol qui couvre une bonne partie du trac&#233;. Ce perg&#233;lisol est gel&#233; presque en permanence, mais il fond durant l'&#233;t&#233; -ce qui d&#233;stabilise le sol et peut faire tordre les rails- ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un vrai casse-t&#234;te pour les ing&#233;nieurs ferroviaires chinois. Comme le train chemine &#224; travers la cha&#238;ne himalayenne, il &#233;tait impossible de proc&#233;der par mont&#233;es vertigineuses ; le minist&#232;re des chemins de fer a opt&#233; pour des tunnels et des ponts. Plus de trente d'entre eux percent les montagnes et surplombent le paysage. &#192; de nombreux endroits, la voie est sur&#233;lev&#233;e de plusieurs m&#232;tres et on a install&#233; un &#171; mur vert &#187; de chaque c&#244;t&#233; du rail. Plant&#233; au co&#251;t de 145 millions $ US, ce mur vert est compos&#233; d'un gazon r&#233;sistant au froid, qui permet d'&#233;viter l'&#233;rosion du sol et les dommages que pourraient causer de fortes pluies ou des &#233;boulements. En plus de cette innovation, il faut souligner que le minist&#232;re des chemins de fer a port&#233; une attention particuli&#232;re &#224; ses obligations environnementales en allouant 7% du budget total &#224; des mesures &#233;cologiques. En effet, le train traverse trois r&#233;serves naturelles o&#249; vivent plusieurs esp&#232;ces menac&#233;es (la grue &#224; col noir, l'&#226;ne sauvage, et la fameuse antilope tib&#233;taine, symbole des Jeux Olympiques de 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du chantier en tant que tel, ce sont des centaines de milliers d'ouvriers qui ont travaill&#233; sans rel&#226;che entre 2001 et 2006 &#224; installer les traverses et &#224; dynamiter les montagnes, kilom&#232;tre apr&#232;s kilom&#232;tre jusqu'&#224; la capitale du Tibet, Lhassa. La majorit&#233; d'entre eux devaient travailler avec un masque &#224; oxyg&#232;ne, puisque presque tout se passait &#224; plus de 4000 m&#232;tres d'altitude, sans compter les pr&#233;cautions qui s'imposent dans de telles conditions (&#233;viter les mouvements violents, les efforts soutenus, les charges disproportionn&#233;es...). Selon les autorit&#233;s chinoises, aucun ouvrier ne serait mort des complications li&#233;es au mal de l'air (emphys&#232;me, crise cardiaque, enflure des poumons et du cerveau, etc.), mais il est permis d'en douter, puisqu'une grande proportion de ces travailleurs n'&#233;tait pas native du Qinghai et donc peu acclimat&#233;e &#224; la raret&#233; de l'oxyg&#232;ne. En fait, cette &#171; arm&#233;e &#187; du chemin de fer provenait de toutes les r&#233;gions de la Chine, attir&#233;e par le besoin criant de main-d'&#339;uvre. Le directeur des op&#233;rations ferroviaires, Zhang Xiqing, a tout de m&#234;me admis que 14 500 travailleurs ont du &#234;tre hospitalis&#233;s et que de ce nombre, 3500 &#233;taient jug&#233;s comme des cas s&#233;rieux. Ces cons&#233;quences du mal de l'air n'&#233;taient pas les seules difficult&#233;s qui attendaient les cheminots sur le chantier : raret&#233; de l'eau dans une r&#233;gion d&#233;sertique, tentes de fortune balay&#233;es par les vents et isolement pendant de longs mois de labeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de vaincre les obstacles techniques et g&#233;ographiques, les scientifiques chinois ont d&#251; prendre en compte un autre facteur du plateau tib&#233;tain : l'activit&#233; sismique de la r&#233;gion. Il est assez inqui&#233;tant de constater que la ligne ferroviaire Golmud-Lhassa emprunte une route o&#249; les tremblements de terre ont une intensit&#233; qui varie entre 7 et 9 sur l'&#233;chelle de Richter. D'ailleurs, en novembre 2002, alors que la construction du tron&#231;on &#233;tait d&#233;j&#224; entam&#233;e, un tremblement de terre d'une magnitude de 8,1 sur l'&#233;chelle de Richter a &#233;t&#233; enregistr&#233; au Qinghai, ce qui a fendu une partie du trac&#233; et fait bouger le sol. Appel&#233; &#224; la rescousse, un expert en g&#233;ologie, Hu Daogong ne se montrait pas rassurant : &#171; La ligne traverse une r&#233;gion au sol gel&#233;, propice aux tremblements de terre, aux secousses sismiques. Cela pourrait couper la ligne &#224; tout moment. Seul Dieu sait quand. &#187; Le minist&#232;re des chemins de fer a toujours d&#233;menti le danger potentiel li&#233; &#224; la forte activit&#233; sismique de la r&#233;gion, en mentionnant que la voie ferr&#233;e est tr&#232;s s&#233;curitaire et qu'il n'y avait pas lieu d'&#233;tudier un trac&#233; alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir surmont&#233; les &#233;cueils techniques de la construction et de la mise en service du train le plus haut du monde, les d&#233;fis les plus importants sont peut-&#234;tre &#224; venir pour les ing&#233;nieurs ferroviaires chinois. Selon une &#233;tude de l'Acad&#233;mie chinoise des sciences, le r&#233;chauffement climatique serait une s&#233;rieuse menace &#224; la stabilit&#233; de la ligne Golmud-Lhassa. Depuis quelques ann&#233;es, le perg&#233;lisol a grandement diminu&#233;, perdant de 5 &#224; 7 m&#232;tres d'&#233;paisseur par endroits, alors qu'environ 10% du perg&#233;lisol couvrant la r&#233;gion a tout simplement disparu. Les experts chinois ont bel et bien consid&#233;r&#233; le facteur du r&#233;chauffement climatique dans leurs calculs, mais l&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que leur mod&#232;le pr&#233;voyait une augmentation de la temp&#233;rature d'un degr&#233; Celsius d'ici 2050 sur le plateau tib&#233;tain, alors que d'autres scientifiques avancent que le thermom&#232;tre pourra grimper de pr&#232;s de 2,5 degr&#233;s Celsius durant la m&#234;me p&#233;riode. Ces deux degr&#233;s et plus de r&#233;chauffement non planifi&#233; entra&#238;nera des impacts multiples : l'acc&#233;l&#233;ration de l'&#233;rosion du sol, la fonte du soubassement de la voie, la possibilit&#233; que des sections s'effondrent ou s'affaissent avec le d&#233;gel, la transformation de zones perg&#233;lisol en zones mar&#233;cageuses. D&#233;j&#224;, moins d'un an depuis l'arriv&#233;e du premier train &#224; Lhassa, des fissures ont &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;s dans le perg&#233;lisol qui supporte les rails et le ballast. Tenant compte des conditions g&#233;ographiques particuli&#232;res du Qinghai (perg&#233;lisol, activit&#233; sismique, temp&#234;tes de sable et de vent et r&#233;chauffement climatique), la stabilit&#233; &#224; long terme de cette prouesse technique semble &#234;tre compromise, surtout si on se fie &#224; la performance du transsib&#233;rien. Vieille d'une centaine d'ann&#233;es, la ligne russe montre des sympt&#244;mes semblables &#224; ceux discut&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ligne Golmud-Lhassa : outil d'une colonisation &#224; toute vapeur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde de plus pr&#232;s des provinces chinoises pr&#232;s du Tibet, comme le Xinjiang et la Mongolie int&#233;rieure, on s'aper&#231;oit que ce sont aussi des territoires o&#249; se retrouvent traditionnellement une forte concentration de minorit&#233;s ethniques non-Han - notamment des Ou&#239;ghours, des Mongols, des Kazakhs. Dans ces deux provinces, les lignes ferroviaires ont &#233;t&#233; mises place bien avant celle du Tibet. Or, l'arriv&#233;e quotidienne de dizaines de trains &#224; Urumqi ou Hohhot ne s'est pas sold&#233;e par un accroissement de la richesse ou une am&#233;lioration du niveau de vie pour les habitants : malgr&#233; les lignes ferroviaires install&#233;es il y a pr&#232;s de cinquante ans au Xinjiang et dans les ann&#233;es 1920 en Mongolie int&#233;rieure, les deux territoires font toujours partie des provinces les plus pauvres. Les retomb&#233;es &#233;conomiques ne semblent pas &#234;tre au rendez-vous et le principal effet de l'implantation d'un chemin de fer dans une province chinoise peupl&#233;e par des minorit&#233;s ethniques est, selon toute apparence, la dilution, voire la marginalisation de ces populations. En Mongolie int&#233;rieure, on estime que la population chinoise Han a quintupl&#233; entre 1912 et 1949, surtout lorsque des millions de colons ont mis le cap sur les gares de Hohhot et Baotou pour s'&#233;tablir d&#233;finitivement dans la r&#233;gion. M&#234;me s'il faut garder &#224; l'esprit que les statistiques chinoises ne refl&#232;tent pas toujours la r&#233;alit&#233;, le dernier recensement concernant la Mongolie int&#233;rieure &#233;tablissait que sur une population totale de 28 millions d'habitants, &#224; peine 4 millions de personnes se d&#233;claraient d'origine mongole. Quant au Xinjiang, les trains n'y roulent que depuis la fin du Grand Bond en Avant. Tout comme en Mongolie int&#233;rieure, des millions de colons chinois se sont &#233;tablis au Xinjiang, principalement dans les villes d'Urumqi, de Turfan, de Korla et d'Aksu. Dans le cas de la c&#233;l&#232;bre ville de Kashgar, &#233;tape oblig&#233;e sur la Route de la Soie, l'impact de l'arriv&#233;e du chemin de fer sur le paysage urbain est consid&#233;rable ; jusque dans les ann&#233;es 1990, peu de Chinois Han vivaient &#224; Kashgar, situ&#233; &#224; l'extr&#234;me nord-ouest du pays, tout pr&#232;s de la fronti&#232;re avec le Kazakhstan. Or, depuis que la gare de Kashgar a &#233;t&#233; inaugur&#233;e en 2000, on a not&#233; pour l'ann&#233;e 2001 seulement une augmentation de 30% de la population chinoise dans cette municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux exemples de la Mongolie int&#233;rieure et du Xinjiang n'ont rien pour rassurer les Tib&#233;tains. D'ailleurs, du c&#244;t&#233; gouvernemental, c'est Jiang Zemin, alors &#224; la t&#234;te du PCC, qui, dans une entrevue au New York Times en 2001, n'employait pas la langue de bois pour commenter le projet Golmud-Lhassa : &#171; Certaines personnes m'ont conseill&#233; de ne pas aller de l'avant avec le projet [Golmud-Lhassa] parce que celui-ci n'est pas rentable d'un point de vue commercial. J'ai r&#233;pondu que c'&#233;tait une d&#233;cision politique. &#187; Quelques statistiques semblent lui donner raison : selon des donn&#233;es officielles, la population totale des villes de Golmud et de Lhassa, ainsi que les territoires compris entre le lien ferroviaire ne d&#233;passe pas 550 000 personnes. Cette demande potentielle tr&#232;s faible en mati&#232;re de transport pour un pays qui compte plus d'un milliard d'habitants ne justifie pas &#233;conomiquement un projet d'une telle ampleur. Selon l'expert ferroviaire anglais Brian Green, &#171; ...pour qu'un chemin de fer soit rentable &#233;conomiquement, il faut qu'il y ait du fret, du transport de marchandises, au moins 10 millions de tonnes par an. Je ne pense pas que cela va arriver [sur la ligne Golmud-Lhassa] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir une id&#233;e plus nette de ce que la ligne Golmud-Lhassa pourrait signifier en fait de changements d&#233;mographiques, penchons-nous sur le cas du trac&#233; Xining-Golmud, officiellement &#224; l'ext&#233;rieur de la R&#233;gion Autonome du Tibet, mais &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res ethniques tib&#233;taines, soit dans la province du Qinghai. R&#233;gion inhospitali&#232;re, quasi d&#233;sertique et balay&#233;e par des temp&#234;tes de vent et de sable, le Qinghai a toujours &#233;t&#233; faiblement peupl&#233;. Peu d&#233;velopp&#233;e, &#233;loign&#233;e des grands centres et soumises &#224; de rudes conditions climatiques, la province est devenue un goulag pour le r&#233;gime chinois qui y a envoy&#233; des prisonniers dans des camps de travail (laogai) qu'ils soient des dissidents, des victimes des purges anti-droitistes ou des criminels. &#192; Golmud dans le Qinghai, le chemin de fer fait son apparition en 1979, mais il est exclusivement r&#233;serv&#233; &#224; des fins militaires jusqu'en 1984. Depuis que les civils peuvent prendre le train de la capitale de la province -Xining- jusqu'&#224; Golmud, la population de cette municipalit&#233; a doubl&#233;. Cette cit&#233; champignon entour&#233;e d'&#233;tendues d&#233;sertiques est maintenant la deuxi&#232;me ville la plus peupl&#233;e, supplant&#233;e seulement par Xining. Pourtant d&#233;clar&#233;e pr&#233;fecture tib&#233;taine autonome et situ&#233;e en plein c&#339;ur de la province traditionnelle de l'Amdo, Golmud ne compte plus que 3,4% de r&#233;sidants tib&#233;tains sur une population totale de 165 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chemin de fer du Tibet : une menace militaire pour l'Inde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train Golmud-Lhassa, qui sillonne le plateau tib&#233;tain au nord-ouest du pays, n'en inqui&#232;te pas moins l'Inde, un des puissants voisins de la Chine. Les relations entre les deux g&#233;ants sont tendues depuis des d&#233;cennies, principalement &#224; cause de disputes frontali&#232;res qui mettent justement en cause des territoires ethniquement tib&#233;tains. &#192; New Delhi, un rapport confidentiel a circul&#233; aux plus hauts &#233;chelons du gouvernement lors de la mise en chantier de la ligne ferroviaire. Ce dernier faisait &#233;tat de la capacit&#233; strat&#233;gico-militaire qu'allait d&#233;sormais d&#233;tenir la Chine gr&#226;ce au chemin de fer Golmud-Lhassa : en un mois, l'arm&#233;e chinoise sera en mesure de mobiliser douze divisions -une division comprend 12 000 hommes- dans la r&#233;gion. Selon plusieurs sources, la Chine entrepose une partie de sa centaine de missiles nucl&#233;aires sur le plateau tib&#233;tain, notamment le long du trac&#233; Golmud-Lhassa. R&#233;cemment, l'arm&#233;e a compl&#233;t&#233; des exercices qui visaient &#224; d&#233;ployer une rampe de lancement de missiles sur rail. Pour le moment, aucune ligne ferroviaire ne se rend directement &#224; la fronti&#232;re sino-indienne, mais d'autres tron&#231;ons qui viendraient se greffer &#224; l'axe Golmud-Lhassa ne sont pas exclus dans les futurs plans du minist&#232;re des chemins de fer chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une responsabilit&#233; sociale qui d&#233;raille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'implication de Bombardier dans la construction du chemin de fer tib&#233;tain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la construction de la ligne ferroviaire traversant la R&#233;gion Autonome du Tibet est avant tout pilot&#233;e par le gouvernement chinois (financement, ing&#233;nierie, construction) qui a d&#233;cid&#233; de faire cavalier seul, quelques grandes soci&#233;t&#233;s internationales ont pu signer des ententes lucratives avec la Chine. C'est le cas d'un des fleurons de l'&#233;conomie canadienne et qu&#233;b&#233;coise, soit Bombardier, qui a d&#233;croch&#233; un contrat pour la construction des 360 wagons du train. En fait, Bombardier r&#233;colte 97 millions de dollars sur un contrat total de 348 millions de dollars r&#233;parti &#224; travers un consortium, le Bombardier Sifang Power Corporation. En plus de Bombardier, cette entit&#233; r&#233;unie les compagnies China South Locomotive, Rolling Stock Industry Corporation et Power Corp., un autre poids lourd de l'&#233;conomie canadienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de Valcourt n'a pas l&#233;sin&#233; sur les moyens pour r&#233;pondre aux attentes chinoises ; les wagons dernier cri destin&#233;s &#224; la ligne Golmud-Lhassa sont sp&#233;cialement con&#231;us pour affronter les conditions climatiques et g&#233;ographiques du trac&#233;. Les voitures sont &#233;quip&#233;es d'un syst&#232;me de protection contre les ultraviolets, en plus d'&#234;tre pressuris&#233;es par un proc&#233;d&#233; qui &#233;vite des variations trop grandes dans l'apport d'oxyg&#232;ne pour les passagers en cabine. La majorit&#233; des wagons ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s en Chine, dans la province du Shandong &#224; Qingdao et ont &#233;t&#233; livr&#233;es entre d&#233;cembre 2005 et mai 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication de Bombardier dans le projet controvers&#233; du chemin de fer tib&#233;tain a d&#233;clench&#233; l'ire des mouvements pro-tib&#233;tains canadiens, mais aussi internationaux. En 2005-2006, une v&#233;ritable campagne internationale se met en branle pour essayer d'infl&#233;chir la position des hauts dirigeants quant &#224; la responsabilit&#233; sociale de Bombardier qui contreviendrait &#224; son propre code d'&#233;thique en prenant part au projet, ainsi qu'&#224; la Charte de l'Union internationale de transport public sur le d&#233;veloppement durable, dont la compagnie qu&#233;b&#233;coise est signataire. Dans une lettre adress&#233;e au pdg de Bombardier, Laurent Beaudoin, plus de vingt-cinq organisations pr&#233;sentes dans dix-huit pays demandent au dirigeant de se retirer du projet. La strat&#233;gie des opposants &#224; la ligne ferroviaire s'est d&#233;ploy&#233;e sur plusieurs fronts, ce qui a port&#233; le d&#233;bat sur la place publique, notamment lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des actionnaires de juin 2005. En fait, les d&#233;tracteurs du train sur le Toit du Monde n'ont pas r&#233;ussi &#224; forcer Bombardier &#224; abandonner sa participation au projet controvers&#233;. M&#234;me si le constructeur a&#233;rien et ferroviaire pr&#234;te flanc &#224; la critique, il se d&#233;fend bien de participer &#224; une politique de colonisation. Interpell&#233;e sur la responsabilit&#233; sociale de la compagnie en 2005, la porte-parole H&#233;l&#232;ne Gagnon s'est content&#233;e de mentionner que la compagnie ne se m&#234;lait pas de politique et qu'elle ne faisait que livrer des wagons. Quant au pdg de Bombardier, Laurent Beaudoin, il a sp&#233;cifi&#233; que la voie ferr&#233;e Golmud-Lhassa est synonyme de d&#233;veloppement pour le Tibet en s'appuyant sur les d&#233;clarations du Dala&#239;-Lama qui cautionne le projet sous certaines r&#233;serves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marijo DEMERS&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tudiante aux &#233;tudes sup&#233;rieures&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;partement de science politique&lt;br class='autobr' /&gt;
UQAM&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://ceim.uqam.ca/db/IMG/pdf/Bull_82_vf.pdf" length="1394109" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
