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	<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
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	<description>Le CEIM r&#233;unit des chercheurs de r&#233;putation internationale sp&#233;cialistes de l'&#233;conomie politique des processus d'int&#233;gration et de mondialisation. Les th&#232;mes les plus importants d&#233;velopp&#233;s au CEIM sont : le r&#233;gionalisme, les institutions &#233;conomiques internationales, le commerce et l'investissement, le lien commerce-travail, la concurrence, les transformations du secteur des communications, les dimensions sociales et culturelles de la mondialisation.</description>
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		<title>Centre d'&#233;tudes sur l'int&#233;gration et la mondialisation (CEIM)</title>
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		<title>Les manifestations violentes anti Charlie-Hebdo au Niger</title>
		
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		<dc:creator>&lt;span class=&#034;vcard author&#034;&gt;&lt;a itemprop=&#034;author&#034; class=&#034;url fn spip_in&#034; href=&#034;https://ceim.uqam.ca/db/spip.php?page=auteur-ceim&amp;id_auteur=1230&#034;&gt;Jean-Pierre Olivier de Sardan&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Chroniques de l'Observatoire sur la coop&#233;ration internationale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les manifestations violentes anti Charlie-Hebdo au Niger &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre OLIVIER de SARDAN Chercheur au LASDEL, Niger Professeur d'anthropologie &#224; l'EHESS, France Janvier 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur Charlie Hebdo vu de Niamey &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui s'est pass&#233; autour du dernier num&#233;ro de Charlie-Hebdo est un cas d'&#233;cole o&#249;, selon le contexte, on est amen&#233; &#224; penser une chose ou son contraire. Dans un environnement occidental habitu&#233; aux outrances des caricaturistes, le dessin de la derni&#232;re &#171; une &#187; de Charlie-Hebdo n'a rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manifestations violentes anti Charlie-Hebdo au Niger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre OLIVIER de SARDAN&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chercheur au LASDEL, Niger&lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur d'anthropologie &#224; l'EHESS, France&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur Charlie Hebdo vu de Niamey&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; autour du dernier num&#233;ro de Charlie-Hebdo est un cas d'&#233;cole o&#249;, selon le contexte, on est amen&#233; &#224; penser une chose ou son contraire. Dans un environnement occidental habitu&#233; aux outrances des caricaturistes, le dessin de la derni&#232;re &#171; une &#187; de Charlie-Hebdo n'a rien de provocant et semble relever de la libert&#233; normale d'expression (le proph&#232;te y est m&#234;me pr&#233;sent&#233; de fa&#231;on plut&#244;t sympathique). Par contre, dans un environnement majoritairement musulman &#233;loign&#233; de Paris, o&#249; personne ne connait Charlie-Hebdo et n'a vu le dessin, le simple fait d'apprendre qu'on a publi&#233; &#224; 7 millions d'exemplaires une caricature du proph&#232;te suffit &#224; d&#233;clencher l'indignation et la col&#232;re, bien &#233;videmment exploit&#233;es par les int&#233;gristes. Le probl&#232;me est que ceci &#233;tait enti&#232;rement pr&#233;visible : il y avait eu un pr&#233;c&#233;dent, et on savait tr&#232;s bien que le simple fait de mettre en &#171; une &#187; la caricature du proph&#232;te allait avoir un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; dans le monde musulman (co&#251;t qui serait pay&#233; par les non musulmans de la r&#233;gion...). Il me semble tr&#232;s irresponsable de la part de l'&#233;quipe de Charlie-Hebdo de ne pas en avoir tenu compte. On peut le dire autrement : &#224; Paris, on peut se permettre d'en faire une &lt;i&gt;question de principe&lt;/i&gt;, au nom du droit &#224; libre expression, du droit &#224; la caricature, et du refus de c&#233;der aux int&#233;gristes. A Niamey, &#224; Bamako ou &#224; Istanbul (o&#249;, pour la majorit&#233; des gens, la question de principe est tr&#232;s diff&#233;rente : la libert&#233; d'expression s'arr&#234;te l&#224; o&#249; le blasph&#232;me commence), on est par contre bien oblig&#233; d'en faire une &lt;i&gt;question politique&lt;/i&gt;, et donc de se demander quelles vont en &#234;tre les cons&#233;quences, &#224; qui cela profite-t-il, et qui va en &#234;tre victime. Les r&#233;ponses sont h&#233;las claires : cela profite aux int&#233;gristes et ce sont les non-musulmans et les musulmans mod&#233;r&#233;s qui en sont les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, bien &#233;videmment, la &#171; une &#187; de Charlie-Hebdo n'est pas la cause profonde de ces manifestations. C'est une occasion (en or), ou un pr&#233;texte, habilement utilis&#233; par les int&#233;gristes pour faire un pas de plus dans la conqu&#234;te de l'opinion et la mobilisation des c&#339;urs, dans le cadre de leur &#171; guerre id&#233;ologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manifestations &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations de Zinder et de Niamey ont eu quatre caract&#233;ristiques : (a) elles ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement violentes ; (b) elles ont prises pour cibles, outre des symboles de la France (ce qui est assez classique dans nombre de manifestations en Afrique) et du parti au pouvoir (ce qui l'est aussi), des &#233;glises et des bars, en grand nombre, qui ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement saccag&#233;s et br&#251;l&#233;s ; (c) ces saccages et ces incendies ont donn&#233; lieu aussi &#224; des pillages en r&#232;gle ; (d) elles t&#233;moignaient d'une certaine organisation et d'une certaine pr&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois au Niger que la religion chr&#233;tienne est attaqu&#233;e de fa&#231;on violente, d'une certaine fa&#231;on meurtri&#232;re. Il faut savoir que la tr&#232;s grande majorit&#233; des catholiques et des protestants (un peu plus de 5 % de la population, et en progression) sont Nig&#233;riens, et ont de tr&#232;s nombreux liens familiaux et amicaux avec leur environnement musulman. Ces attaques ont &#233;t&#233; un &#233;norme traumatisme. Elles t&#233;moignent, comme le saccage des bars, de la mont&#233;e en puissance d'un Islam intol&#233;rant et violent, aux antipodes de ce qu'&#233;tait l'Islam nig&#233;rien pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces manifestations ont aussi mis en &#233;vidence le jeu tr&#232;s dangereux des partis de l'opposition nig&#233;rienne. Ceux-ci en effet ont souffl&#233; sur les braises, en tentant d'instrumentaliser la r&#233;action populaire d'indignation face &#224; cette histoire de caricature du proph&#232;te. Ils ont ainsi, &lt;i&gt;d&#232;s avant les manifestations de Zinder et Niamey&lt;/i&gt;, accus&#233; le pr&#233;sident Mamadou Issoufou de s'&#234;tre rendu &#224; Paris pour &#171; soutenir Charlie-Hebdo &#187; et donc soutenir la caricature &#171; blasph&#233;matoire &#187;&#8230; C'&#233;tait bien s&#251;r confondre d&#233;lib&#233;r&#233;ment le &#171; Je suis Charlie &#187; de la grande marche de Paris, qui signifiait clairement &#171; Je suis avec les victimes contre le terrorisme &#187;, avec un tout diff&#233;rent &#171; Je suis Charlie &#187; cons&#233;cutif &#224; la parution du nouveau num&#233;ro, qui signifierait &#171; Je soutiens la caricature &#187;, et qu'aucun des dirigeants musulmans pr&#233;sents &#224; Paris n'a prof&#233;r&#233; ni cautionn&#233;&#8230; Le gouvernement nig&#233;rien quant &#224; lui affirme que les manifestations de Zinder et Niamey ont &#233;t&#233; en outre organis&#233;es en sous-main par les partis politiques de l'opposition en vue de d&#233;stabiliser le r&#233;gime et de cr&#233;er un climat insurrectionnel et les conditions d'un coup d'&#233;tat. Le risque imm&#233;diat aujourd'hui est celui d'un d&#233;rapage vers un nouveau bras de fer entre pouvoir et opposition, l&#224; o&#249; il devrait y avoir une alliance nationale de tous les partis politiques contre toutes les violences religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, il n'y a rien aujourd'hui de plus dangereux pour le Niger &#224; moyen terme que le d&#233;veloppement d'une alliance entre des partis politiques et les courants salafistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La violence salafiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;ologie salafiste radicale a en effet peu &#224; peu fait son trou au sein de la soci&#233;t&#233; nig&#233;rienne. Elle a pu se d&#233;velopper en surfant sur la vague wahabiste, autrement dit un Islam fondamentaliste qui a d&#233;ferl&#233; sur le Niger et les pays sah&#233;liens depuis une bonne vingtaine d'ann&#233;es, promu par l'Arabie saoudite et le Qatar, &#224; coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande m&#233;diatique. La soci&#233;t&#233; nig&#233;rienne est devenue de plus en plus r&#233;gul&#233;e par cet Islam rigoriste de culture arabe tourn&#233; vers le pass&#233;, qui s'est aussi immisc&#233; de fa&#231;on visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la pr&#233;sence de mosqu&#233;es au sein m&#234;me de tous les b&#226;timents publics n'en sont que quelques signes parmi beaucoup d'autres). Chaque consultation &#233;lectorale est d&#233;sormais un lieu de surench&#232;res entre candidats pour donner le maximum de gages aux imams, marabouts et oul&#233;mas, et appara&#238;tre comme le meilleur musulman, le plus pieux, le plus rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette base fondamentaliste que le salafisme radical a pu prosp&#233;rer, en faisant de l'intol&#233;rance une valeur cardinale, en multipliant les pr&#234;ches anti-occidentaux et anti-chr&#233;tiens enflamm&#233;s, en confortant les outrances, et en reconnaissant dans les jihadistes des soldats de l'Islam. &lt;i&gt;Le recours &#224; la violence s'est trouv&#233; ainsi de plus en plus l&#233;gitim&#233;&lt;/i&gt;. On en a eu divers signes avant-coureurs (comme ces menaces contre le festival de la mode africaine, ou encore ces jeunes filles parfois molest&#233;es au march&#233; pour leurs tenues trop occidentale). Mais les manifestations de ces derniers jours sont la premi&#232;re sortie publique massive, au grand jour, de cette violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes des milieux populaires sont particuli&#232;rement touch&#233;s par cette id&#233;ologie salafiste, en particulier les ch&#244;meurs, travailleurs informels ou &#233;l&#232;ves coraniques, de plus en plus en rupture avec les normes sociales et familiales des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, et largement d&#233;scolaris&#233;s. Les pillages lors des manifestations t&#233;moignent de ce recrutement. Mais l'id&#233;ologie salafiste p&#233;n&#232;tre aussi dans bien d'autres couches sociales, &#233;coliers, &#233;tudiants, petits cadres et parfois cadres moyens (enseignants par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jihadistes peuvent, dans le contexte de l'id&#233;ologie salafiste, appara&#238;tre facilement comme des h&#233;ros. Cela ne signifie pas que les mouvements jihadistes recrutent massivement au Niger. Certes il y a ind&#233;niablement des recrutements, que ce soit du c&#244;t&#233; du Mujao (Nord-Ouest), ou surtout de Boko Harram (Sud-Est), mais qui restent encore relativement limit&#233;s et essentiellement pour aller combattre hors du Niger (il est facile d'attirer un jeune ch&#244;meur d&#233;scolaris&#233;, que l'on va payer grassement, &#233;quiper d'une kalashnikov, et endoctriner). De m&#234;me, Boko Harram n'&#233;tait pas &#224; la man&#339;uvre lors des r&#233;centes manifestations (m&#234;me si son drapeau noir a &#233;t&#233; brandi &#224; Zinder), et le Niger n'est pas (pour le moment) une terre de combat pour cette organisation, qui reste encore tr&#232;s li&#233;e au contexte sp&#233;cifique du Nord-Est du Nig&#233;ria, et maintenant du Nord Cameroun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les sympathies pour les jihadistes de tous bords sont de plus en plus &#233;tendues. M&#234;me Boko Harram, malgr&#233; ses attaques contre les musulmans du Nord Nig&#233;ria, b&#233;n&#233;ficie d'une certaine c&#244;te de popularit&#233; chez les jeunes. Le cas de Boko Harram est complexe. D'une part, une th&#233;orie du complot assez r&#233;pandue y voit une cr&#233;ation de l'Occident pour faire r&#233;&#233;lire Jonathan Goodluck et &#233;viter qu'un leader musulman du Nord soit &#233;lu au Nig&#233;ria. D'autre part, Boko Harram fascine, car &lt;i&gt;il met en pratique&lt;/i&gt; &#224; nos portes le rejet radical de l'Occident et de l'Etat d&#233;mocratique moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'Occident, contre l'Etat moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est en effet le double rejet radical de l'Occident et de l'Etat moderne, associ&#233;s bien s&#251;r &#224; un islam politique proposant une soci&#233;t&#233; alternative&lt;/i&gt;, qui explique le succ&#232;s de l'id&#233;ologie salafiste, et l&#233;gitime de fait les violences, celle des manifestants d'hier au Niger, comme celle des jihadistes. Mais pourquoi ce double rejet est-il si populaire au Niger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, le sentiment anti-fran&#231;ais persiste, comme dans toute l'Afrique avec les comptes non sold&#233;s de la colonisation et de la Fran&#231;afrique (d'o&#249; l'attaque au Niger de boutiques d'Orange ou de Total, et du centre culturel fran&#231;ais). Mais il est relay&#233; par un sentiment anti-occidental bien plus g&#233;n&#233;ral (rappelons-nous la large approbation populaire de l'attentat du 11 septembre), aliment&#233; par ce qu'on pourrait appeler la morgue am&#233;ricaine, comme aussi par la morgue des innombrables experts et donneurs de le&#231;ons du d&#233;veloppement, ainsi que par les in&#233;galit&#233;s plan&#233;taires, la d&#233;pendance humiliante envers l'Occident et l'exclusion du plus grand nombre des b&#233;n&#233;fices du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les jihadistes du Nord-Mali comme Boko Harram attaquent aussi respectivement l'Etat malien et l'Etat nig&#233;rian : ceci aussi s&#233;duit au Niger, &lt;i&gt;o&#249; le rejet de la classe politique nig&#233;rienne est massif et profond, face &#224; la corruption croissante, &#224; l'enrichissement d&#233;brid&#233; des &#233;lites, aux jeux politiciens exasp&#233;rants et st&#233;riles, &#224; l'importance du ch&#244;mage, ou &#224; l'&#233;chec profond d'un syst&#232;me scolaire en &lt;i&gt;d&#233;route&lt;/i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rejet de l'&#233;lite politique s'&#233;tend &#224; la nomenklatura musulmane mod&#233;r&#233;e : les associations islamiques officielles ou les confr&#233;ries sont accus&#233;es simultan&#233;ment de collusion avec l'Etat et de laxisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, des organisations comme le Mujao ou Boko Haram deviennent le r&#233;ceptacle de toutes les frustrations, car seules elles s'attaquent concr&#232;tement &#224; l'Occident, seules elles s'attaquent concr&#232;tement &#224; l'ensemble des &#233;lites en place, et seules elles pr&#234;chent un changement radical. &lt;i&gt;Le salafisme et ses extensions jihadistes jouent en un sens le m&#234;me r&#244;le au Nord Nig&#233;ria, au Nord Cameroun et au Niger que l'extr&#234;me droite en Europe. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre id&#233;ologique bien mal engag&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille id&#233;ologique est-elle perdue ? On peut le craindre, si un sursaut ne se manifeste pas. Certes, une partie importante de la population reste hors de l'influence fondamentaliste explicite ; quant aux salafistes radicaux, ils ne sont qu'une petite minorit&#233;. Certes une majorit&#233; de la population ne veut pas de la violence et souhaite une co-habitation paisible avec les chr&#233;tiens. Mais ce sont n&#233;anmoins les fondamentalistes qui occupent les espaces publics et les m&#233;dias. Mais ce sont les salafistes radicaux qui sont &#224; l'offensive, ce sont leurs pr&#234;ches que reproduisent &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt; les cassettes et les vid&#233;os des rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, l'&#233;cole n'est plus un lieu d'apprentissage de valeurs civiques et de pens&#233;e critique. En face, l'universit&#233; n'est plus un site de r&#233;sistance (c'est d&#233;sormais un espace largement ouvert au salafisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les tenants d'un islam des lumi&#232;res, les partisans d'un islam tol&#233;rant, les musulmans mod&#233;r&#233;s, les r&#233;publicains d&#233;fendant la la&#239;cit&#233;, les militants d&#233;mocrates se taisent ou se d&#233;solent en silence. Tous ont plus ou moins peur. Car attaquer le salafisme est un gros risque. Cela risquerait d'&#234;tre per&#231;u comme attaquer l'Islam. Ou &#234;tre mis dans le camp des Occidentaux, voir &#224; leur solde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, ce sont les musulmans extr&#233;mistes qui tiennent le haut du pav&#233;, ce sont eux qui marquent chaque jour des points. Ils sont, eux, en &#171; guerre id&#233;ologique &#187; et n'ont pas vraiment de combattants face &#224; eux. Ils sont devenus quasi intouchables. Une preuve &#233;vidente de cette d&#233;mission inqui&#233;tante de l'islam mod&#233;r&#233; comme de la classe politique et de la soci&#233;t&#233; civile est qu'il n'y a jamais eu de mobilisation populaire au Niger face &#224; Boko Harram. Il est tr&#232;s grave qu'aucune manifestation n'ait jamais &#233;t&#233; organis&#233;e &#224; Niamey en soutien aux victimes nig&#233;rianes de Boko Haram, que ce soit pour les lyc&#233;ennes enlev&#233;es, ou apr&#232;s l'attentat contre la mosqu&#233;e de Kano, par exemple. Personne n'a boug&#233;, ce qui contraste &#233;videmment tristement avec la r&#233;action fran&#231;aise face aux attentats contre Charlie Hebdo et la sup&#233;rette kasher. De m&#234;me, apr&#232;s les &#233;glises en feu du 18 janvier, les r&#233;actions publiques de condamnation et les gestes ostentatoires de solidarit&#233; ont &#233;t&#233; rares, fort tardifs et peu empress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; l'&#233;vidence, le danger principal aujourd'hui au Niger hors de nos fronti&#232;res est sans conteste Boko Harram, bien plus redoutable encore pour nous que le Sud de la Lybie ou que le Nord du Mali. Et, faut-il vraiment le dire, bien plus redoutable pour les musulmans nig&#233;riens eux-m&#234;mes que la France, les Etats-Unis ou un journal satirique ! Quant au danger int&#233;rieur majeur pour le Niger, c'est le salafisme radical, son terrorisme id&#233;ologique, sa rh&#233;torique de l'exclusion. Tout serait &#224; redouter d'une connexion accrue de ces deux dangers, dont ces deux jours de manifestations pourraient &#234;tre les pr&#233;misses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc esp&#233;rer un sursaut, sursaut des partis politiques, sursaut de la soci&#233;t&#233; civile &#187;. Sursaut contre la violence, contre l'extr&#233;misme, contre le salafisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#234;vons un peu : Et si, demain, une grande manif se d&#233;roulait &#224; Niamey, avec toute la classe politique pour une fois rassembl&#233;e, contre les attaques d'&#233;glises, pour la tol&#233;rance religieuse, contre Boko Harram, avec des imams d&#233;filant avec des pancartes &#171; je suis chr&#233;tien &#187; c&#244;te &#224; c&#244;te avec des pr&#234;tres d&#233;filant avec des pancartes &#171; je suis musulman &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Niamey, le 21 janvier 2015&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_file spip_document_5428 spip_documents spip_document_left '&gt; &lt;a onClick=&#034;ga('send', 'event', 'PDF', 'Download', 'Les manifestations violentes anti Charlie-Hebdo au Niger');&#034; href='https://ceim.uqam.ca/db/IMG/pdf/chroniques_de_l_oci_olivier_de_sardan_29_janvier_2015.pdf' title='PDF - 280.2&#160;kio'type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;span class='crayon document-titre-5428 spip_doc_titre'&gt;&lt;strong&gt;Les manifestations violentes anti Charlie-Hebdo au Niger&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;small&gt;(PDF - 280.2&#160;kio)&lt;/small&gt;&lt;/a&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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